Poème 'Devant deux portraits de ma mère' de Émile NELLIGAN dans 'Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance'

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Devant deux portraits de ma mère

Émile NELLIGAN
Recueil : "Émile Nelligan et son œuvre - Le Jardin de l'Enfance"

Ma mère, que je l’aime en ce portrait ancien,
Peint aux jours glorieux qu’elle était jeune fille,
Le front couleur de lys et le regard qui brille
Comme un éblouissant miroir vénitien !

Ma mère que voici n’est plus du tout la même ;
Les rides ont creusé le beau marbre frontal ;
Elle a perdu l’éclat du temps sentimental
Où son hymen chanta comme un rose poème.

Aujourd’hui je compare, et j’en suis triste aussi,
Ce front nimbé de joie et ce front de souci,
Soleil d’or, brouillard dense au couchant des années.

Mais, mystère de cœur qui ne peut s’éclairer !
Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées ?
Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer ?

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Commentaires

  1. Enfant d’ondine et de griffon
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    Je suis l’ondin-griffon, monstre des temps anciens,
    Ma mère avait les traits d’une charmante fille ;
    On en trouve un reflet dans mon regard qui brille,
    Mon corps, tu peux le voir, est plus lourd que le sien.

    Mon père voltigeait dans le ciel alsacien,
    Sans vouloir à tout prix fonder une famille ;
    Mais comment résister à l’ondine gentille ?
    Impossible, m’ont dit les meilleurs logiciens.

    Aujourd’hui, donc, je plane et puis je nage aussi,
    Dans l’onde ou dans les airs n’éprouvant nul souci ;
    Je vois s’évaporer les défuntes années.

    L’ondine qui jadis sur son coeur m’a serré,
    Son souvenir jamais ne doit être enterré ;
    De sa frêle douceur la fleur n’est pas fanée.

  2. Courage

    En un temps que je crois, de sept, huit ans, ancien,
    Je m’inquiétais beaucoup pour la vie de ma fille,
    J’y songe ce matin devant ses yeux qui brillent
    À nouveau du bonheur d’être parmi les siens.

    Pendant près de dix mois, seuls quelques praticiens
    En oncopédiatrie et sa proche famille,
    Sans oublier quatre amies, on ne peut plus gentilles,
    Purent entrer dans sa chambre aux volets vénitiens.

    Jamais je n’ai vécu une période aussi
    Dure moralement, or j’ai eu des soucis,
    Du haut de mes cinquante et bientôt cinq années.

    Je longe l’hôpital toujours le cœur serré,
    En pensant aux parents, qui apprennent, atterrés,
    Que leur progéniture est peut-être fanée.

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Émile NELLIGAN

Portait de Émile NELLIGAN

Émile Nelligan (24 décembre 1879 à Montréal – 18 novembre 1941 à Montréal) est un poète canadien (québécois). Disciple du symbolisme, il a été profondément influencé par Octave Crémazie, Louis Fréchette, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Georges Rodenbach, Maurice Rollinat et Edgar Allan Poe. Parmi les... [Lire la suite]

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