Poème 'Le poète' de Pablo NERUDA dans 'Chant Général'

Le poète

Pablo NERUDA
Recueil : "Chant Général"

Avant je circulais dans la vie, un amour
douloureux m’entourait: avant je retenais
une petite page de quartz
en clouant les yeux sur la vie.
J’achetais un peu de bonté, je fréquentais
le marché de la jalousie, je respirais
les eaux les plus sourdes de l’envie,l’inhumaine
hostilité des masques et des êtres.
Le monde où je vivais était marécage marin:
le fleur brusquement, le lis tout à coup
me dévorait dans son frisson d’écume,
et là où je posais le pied mon coeur glissait
vers les dents de l’abîme.
Ainsi naquit ma poésie, à peine
arrachée aux orties, empoignée sur
la solitude comme un châtiment,
ou qui dans le jardin de l’impudeur en éloignait
sa fleur la plus secrète au point de l’enterrer.
Isolé donc comme l’eau noire
qui vit dans ses couloirs profonds,
de main en main, je coulais vers l’esseulement
de chacun, vers la haine quotidienne.
je sus qu’ils vivaient ainsi, en cachant
la moitié des être, comme des poissons
de l’océan le plus étrange, et j’aperçus
la mort dans les boueuses immensités.
La mort qui ouvrait portes et chemins.
La Mort qui se faufilait dans les murs.

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pablonaudet, Nanouchkafab44 et JacquesAADLOV-DEVERS ont ajouté ce poème parmi leurs favoris.

Commentaires

  1. Bonjour je viens de découvrir votre blog sur ce grand poète qui m'était totalement inconnu, hormis de nom bien entendu, je viens de lire son poème, j'ai beaucoup aimé.

  2. El poeta
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    Antes anduve por la vida, en medio
    de un amor doloroso: antes retuve
    una pequeña página de cuarzo
    clavándome los ojos en la vida.
    Compré bondad, estuve en el mercado
    de la codicia, respiré las aguas
    más sordas de la envidia, la inhumana
    hostilidad de máscaras y seres.
    Viví un mundo de ciénaga marina
    en que la flor de pronto, la azucena
    me devoraba en su temblor de espuma,
    y donde puse el pie resbaló mi alma
    hacia las dentaduras del abismo.
    Así nació mi poesía, apenas
    rescatada de ortigas, empuñada
    sobre la soledad como un castigo,
    o apartó en el jardín de la impudicia
    su más secreta flor hasta enterrarla.
    Aislado así como el agua sombría
    que vive en sus profundos corredores,
    corrí de mano en mano, al aislamiento
    de cada ser, al odio cuotidiano,
    Supe que así vivían, escondiendo
    la mitad de los seres, como peces
    del más extraño mar, y en las fangosas
    inmensidades encontré la muerte.
    La muerte abriendo puertas y caminos.
    La muerte deslizándose en los muros.

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