Poème 'Les Femmes en mante' de Georges RODENBACH dans 'Le Miroir du ciel natal'

Les Femmes en mante

Georges RODENBACH
Recueil : "Le Miroir du ciel natal"

I

Quelque chose de moi dans les villes du Nord,
Quelque chose survit de plus fort que la mort.

En leurs quartiers lépreux qu’affligent des casernes,
Quelque chose de moi pleure dans les tambours.

Et par les soirs de pluie, en leurs mornes faubourgs,
Quelque chose de moi brûle dans les lanternes.

Et, tandis que le vent s’exténue en reproches,
Quelque chose de moi meurt déjà dans les cloches.

II

Une surtout, la plus triste des villes grises,
Murmure dans l’absence : « Ah ! mon âme se brise ! »

Murmure avec sa voix d’agonie : « Aimez-moi ! »
Et je réponds : « J’ai peur de l’ombre du beffroi,

J’ai peur de l’ombre encor de la tour sur ma vie
Où le cadran est un soleil qu’on crucifie. »

La voix reprend avec tendresse, avec émoi :
« Revenez-moi ! Aimez mes cloches ! Aimez-moi ! »

Et je réplique : « Non ! les cloches que j’écoute
Sont les gouttes d’un goupillon pour une absoute ! »

La voix s’obstine, encor plus tendre : « Aime mes eaux !
Remets ta bouche à la flûte de mes roseaux ! »

Mais je réponds : « Non ! les roseaux dont l’eau s’encombre
Sont des flûtes de mort où ne chante que l’ombre ! »

III

Les mantes, dans le soir s’en sont allées…

Ah ! ces mantes
Où les femmes du peuple errent, ensevelies !
Leur navrante mélancolie
Et leur balancement en de lentes volées,
Cloches de drap
Comme un glas !

Ah ! ces mantes ! Est-ce d’amantes, de démentes ?

Femmes âgées !
De quoi sont-elles chargées ?
Que vont-elles portant comme vers une tombe ?
Elles sentent l’adieu !
Leurs mantes bombent…
Elles y cachent des fardeaux mystérieux ;
Que vont-elles jeter au fond du crépuscule ?
Il semble qu’elles tiennent
Des cercueils de petits enfants.

Ah ! ces mantes quotidiennes !
Ah ! les ombres dans ce drap sombre s’étoffant !

Peut-être qu’elles ont volé
La Châsse en or de sainte Ursule
Dont l’or est peint et ciselé ?
Ou déménagent-elles
Une cloche énorme et fruste
Sur laquelle
Chaque mante à présent s’arrondit et s’ajuste ?

Peut-être aussi que c’est le cadran du beffroi
Qu’elles ont décroché ? mais par quel sortilège ? ?
Et vont aller enterrer dans la neige
Ou noyer dans un canal froid.

Ah ! le bon tour !
Chacune tient le cadran mort à tour de rôle…
Ah ! le bon tour d’avoir dépossédé la tour,
Afin qu’on ne sache plus l’heure,
Et que l’heure soit folle,
Et que l’heure meure,
Et que l’Éternité commence et que croulent les astres !

Les mantes ! Les mantes !
De leur obscurité, l’obscurité s’augmente !

Elles ont toujours l’air d’apporter un désastre…

IV

C’est là qu’il faut aller quand on se sent dépris
De la vie et de tout et même de soi-même ;
Ville morte où chacun est seul, où tout est gris,
Triste comme une tombe avec des chrysanthèmes.

C’est là qu’il faut aller se guérir de la vie
Et faire enfin le doux geste dont on renonce ;
Il en émane on ne sait quoi qui pacifie ;
Quel beau cygne est entré dans l’âme qui se fonce ?

On souffrait dans son âme, on souffrait dans sa chair ;
Mais il advient qu’un peu de joie encore pleuve
Avec le carillon intermittent dans l’air…
C’est là qu’il faut aller quand on a l’âme veuve !

V

Tout a l’air si inanimé !
Les maisons sont fermées ;
On croirait tout le monde absent,
Sans un peu de fumée
Qui s’élève des toits avec des bleus d’encens.

Tout a l’air si âgé :
Les bancs du mail
Où s’effeuillent d’humbles tilleuls ;
Les murs de Saint-Sauveur que la mousse a rongés,
Où l’on voit l’envers du vitrail ;
Rien n’a changé…
Est-ce une ville où ne vivent que des aïeules ?

Tout s’adoucit et tout s’ouate ;
Est-ce qu’il y a des malades
Pour que si doucement tintent les cloches
Au-dessus de la ville ?
Vieilles cloches qui s’effilochent
Son à son, comme fil à fil…

Tout incline à un silence tel,
Comme d’une ville irréelle
Et qui se serait faite elle-même en dentelle !

Universelle solitude !
Même les cygnes, sur l’eau noire,
Ont l’ennui du reflet d’eux-mêmes, et l’éludent ;
Les nénuphars sur l’eau sont comme des fermoirs.

Le ciel opaque et haut
N’est guère vivant davantage,
Ciel mat d’immobiles nuages,
Et qui a toujours l’air d’être un ciel de tableau.

Le silence avec la solitude s’accorde.
Ah ! comme tout est loin !
Comme tout se passe sans témoin !
Comme tout est de moins en moins !
On dirait que la ville est depuis longtemps morte !

VI

Ô ville d’exemplaire et stricte piété !
Les sombres maisons
? Même dans leurs vitres rien ne s’azure ?
Ont l’air d’une communauté
En oraison,
À genoux dans l’eau qui se moire ;
Et les reflets des murs sont des cassures
De robes noires…

Les canaux vont se prolongeant comme des nefs.
Les maisons restent prosternées,
Ville entrée en religion ;
Pour quels chagrins ou quels griefs ?
Pour avoir vu mourir quels rayons
Ou se rompre quel hyménée ?
Pour avoir subi quel déclin,
Quelle chute du haut de la gloire,
Pour être veuve avec quels orphelins,
Pour s’être vue en deuil dans quels miroirs ?
Ah ! comme le destin est rapide à changer,
Ruine immédiate et déjà quotidienne
Qui lui fit tout de suite, en ce temps-là, songer :
« Est-il une douleur comparable à la mienne ? »

Ô mélancoliques maisons,
Maintenant sans mémoire,
Qui ont cessé de regarder les horizons !

Naguère elles étaient des reines,
Avec un luxe en fleur de pierres ciselées ;
Voici qu’elles ont
Des robes noires,
Chœur de béguines en neuvaines
Pour on ne sait quel Jubilé…

La ville entière a pris le voile,
Priant dans les nefs des canaux ;
Et, pour l’oubli de ses misères
(En les touchant des doigts dans l’eau),
Elle égrène une à une les étoiles
Comme les grains intermittents d’un grand rosaire.

VII

Ce gris mélancolique est fait de blanc et noir !

Mystérieux mélanges :

Le poêle noir des catafalques
Avec les langes.

La lune aux feux d’ivoire
Qui se décalque
Dans les sombres canaux, le soir.

La neige aux clairs papillons par essaims
Et les corbeaux noirs des tocsins.

Car c’est la ville que la neige aime d’amour,
Elle y répand sa manne…
Et c’est la ville aux mille cloches dans les tours.

Or, de ce blanc et noir, un gris si triste émane !

Un gris fait de blanc et de noir,
Fait du noir des soutanes
Et du blanc des cornettes,
Un gris, formé de vos robes, ô vous, les prêtres,
Un gris, formé de vos linges, religieuses ;
Couleurs contagieuses
Des uniques passants y traversant les soirs !

VIII

Le Beffroi, durant la journée,
Porte avec orgueil son cadran clair ;
C’est sa médaille de roi du tir,
C’est son scapulaire brodé,
C’est sa croix pectorale
D’évêque qui domine un vaste diocèse.

Quand le jour va finir,
Debout dans l’air,
Le Beffroi se souvient du passé et s’exalte !
À d’autres la mémoire est lourde et les ans pèsent !
Il est toujours lui-même ;
Et, dans son armure de briques,
Il se rêve héroïque.

Le crépuscule devient blême ;
L’ombre peu à peu s’accroît
Et s’attaque au Beffroi ;
Mais lui se défend, songe
À ses fastes célèbres.
Il lutte contre l’assaut des ténèbres
Et l’or vaste de son cadran,
Parmi les pierres trop dociles s’encadrant,
Est un bouclier grâce auquel il se prolonge !

Mais l’ombre triomphe !
La nuit règne ; et le Beffroi sent
Sur ses pierres, qui sont nocturnes
Comme le firmament,
Son cadran luire pâlement
Comme un globe mort, comme une autre lune.

IX

Miracle de la neige ouatant la Ville Grise :
La neige tombe sur la ville lentement,
Comme un retour d’enfance, un rajeunissement,
Une layette dans le jardin d’un hospice.

Ah ! tout ce blanc épars ! Illusion d’avril !
Innocence ! Et le long des quais ces ganses blanches
Qui soudain ont fait croire au cygne en exil
Que c’était la Noël ou que c’était dimanche.

Trop courte joie, hélas ! qu’interrompent les mantes !
La rue était déjà blanche comme un parloir ;
Mais revoici venir les mantes inclémentes
Qui tachent ces blancheurs de leur noir nonchaloir.

La rue était aussi blanche comme un dortoir,
Tel qu’il en est d’angéliques au béguinage ;
Mais revoici passer les mantes en voyage ;
Ô le parloir, ô le dortoir, tachés de noir.

La neige n’est plus gaie et s’afflige en voyant
Les mantes affluer en lents itinéraires
Servantes de la Mort, Pleureuses la souillant,
Qui semblent apprêter des pompes funéraires.

C’est un deuil blanc d’enfant qu’elle-même suggère…
Est-elle faite encor de flocons ? Ah ! voyez !
C’est plutôt le duvet et les plumes légères
Des cygnes qui, mourant, s’y seraient effeuillés !

X

Des mantes ont passé dans le vide des rues
Oscillant comme des cloches parmi le soir ;
On aurait dit, au loin, des cloches de drap noir
Tintant aussi des glas, et peu à peu décrues…

Des cloches ont tinté, graves d’être pareilles
Aux mantes, et d’aller selon un rythme égal ;
On aurait presque dit d’autres petites vieilles
Qui cheminaient dans l’air en robes de métal.

XI

La ville de plus en plus se délabre
Dans le soir morne où c’est de la cendre qu’il pleut ;
Seuls les cygnes sont lumineux
Et brillent comme des candélabres.

Ils sont des lampadaires
Dont la flamme est bougeante
Sur les canaux qui s’en argentent ;
Et tout prend un air légendaire.

Les vieilles maisons sans âge
Sont à genoux sur l’eau,
Comme sur un tombeau.
Est-ce un pèlerinage ?

L’eau coule un peu sous les arches
Des vieux ponts ;
On dirait une foule qui se met en marche
Vers l’horizon.

Les vieilles maisons ambiantes
Ont un aspect humain ;
Ne sont-ce pas des mendiantes
Au bord du chemin ?

Et le silencieux cortège s’achemine
Vers quelle Grotte ou quelle Vierge ?
On voit briller les cygnes
Comme des reposoirs de cierges.

Obtiendra-t-on le miracle enfin
Et que la ville soit guérie ?
Il flotte on ne sait quoi d’un peu divin ;
Tout s’apparie…

Les vieilles maisons oublient leur misère
Les cygnes sont plus lumineux ;
On dirait qu’une lampe est en eux ;
Les étoiles se groupent en rosaire.

Ô procession unanime
Pour sauver la ville qui meurt ;
Les maisons, les cloches, les cygnes,
Tout s’achemine vers la Lune en Sacré-Cœur.

Pèlerinage qui supplie
Pour éviter le grand désastre ;
Et qui s’en va, au loin, communier des astres,
Ciboire de la Nuit aux millions d’hosties !

XII

Le brouillard indolent de l’automne est épars…
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand’messe dans les nefs ;
Et il dort comme du linge sur les remparts.

Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivelle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.

Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.

XIII

Plus qu’ailleurs on y songe au vide de la vie,
À l’inutilité de l’effort qui nous leurre ;
Rien par quoi la tristesse un peu se lénifie
Et rien pour désaffliger l’heure !

Toujours les quais connus, les mêmes paysages,
Les vieux canaux pensifs qu’un cygne en deuil effleure ;
Sans jamais d’imprévu ni de nouveaux visages
Donnant une autre voix à l’heure !

Et toujours, avec des langueurs équivalentes
À celles de la pluie automnale qui pleure,
Quelque moulin, vers la banlieue, aux ailes lentes,
Qui tourne et semble moudre l’heure !

XIV

Douceur du passé qu’on se remémore
À travers les brumes du temps
Et les brumes de la mémoire.

Douceur de se revoir soi-même enfant,
Dans la vieille maison aux pierres trop noircies,
Dont le pignon est en forme de mitre ;
Douceur de retrouver sa figure amincie
D’enfant pensif, le front aux vitres…

On se revoit l’enfant qu’on fut
Et qui écoutait
Les lointains angélus,
Et qui regardait
L’eau que les reflets ont nacrée
Et les bateaux que nulle aventure ne grée.

A-t-on été cet enfant que voilà ?
Silencieuse et triste enfance
Qui jamais ne rit ;
Enfant trop pâle et qui s’étiola
Derrière les vitres, comme à l’infirmerie !

Enfant trop pâle et trop de connivence
Avec les cloches
Dont le chant morne en lui continuait ;
Avec les cygnes
Tristes et blancs, comme une fin de noce ;
Avec les nuées
Qui l’emmenaient dans un départ de mousseline…

Enfant trop nostalgique et qui se sentait triste
À voir passer les doux séminaristes ;

Enfant trop frêle et qui se sentait orphelin
À voir gesticuler comme en détresse les moulins ;

Enfant qui ne jouait jamais, enfant trop sage
Guettant dans les miroirs on ne sait quel passage.

Enfant dont l’âme était trop atteinte du Nord,
Qui déjà pensait à la mort.

Ah ! ce noble, ce pur enfant qu’on a été
Et qu’on se remémore
Toute sa vie et jusque dans l’Éternité !

XV

Soirs de ma ville morte ! Oh ! mes beaux soirs anciens
Où la lune, prenant à son tour l’air chrétien,
Semblait une béguine en prière sur l’eau,
Qui s’avançait ensuite en un grand nonchaloir
De canal en canal, comme dans des parloirs,
Pâle sous la cornette ample de son halo !

XVI

Ah ! ces voix du pays ! ces rappels du passé !
Tant de reflets enfuis dans un miroir cassé !

Toujours l’obsession d’un ciel gris de province
Où quelque girouette inconsolable grince !

L’absence ! Et ces gouttes de son du carillon
Qui nous asperge l’âme avec son goupillon.

Fumée en route, et dont la soie un peu pâlie
En rubans bleus, à notre enfance nous relie ;

Parfum ancien, venu dans l’air, un peu moisi,
Tout cela qui chuchote un doux « revenez-y ! »

XVII

Toute la belle histoire est une souvenance !
Les cygnes pleurent sur l’eau où se mirent les toits
Rien ne se recommence
Et tout n’arrive qu’une fois.

Tout est déjà comme si rien n’avait été ;
La ville abdique
Et les cygnes ont un air héraldique
Et les tours sont dans l’air comme un grand cri sculpté.

Les reflets parmi l’eau s’évaporent,
Ainsi le fard sur un visage ;
Et ce vieux décor est sans âge ;
L’eau devient incolore.

Toute la belle histoire est finie,
L’ancien faste et la mer baignant le pied des tours ;
La mer est partie
Comme un amour…

Déjà le souvenir en est vague ;
La ville est une veuve ;
Comment recommencer les vagues
Et se remettre aux doigts des bagues neuves ?

La ville rêve au beau passé qui finit mal.
Elle appelle… Et rien ne répond.
Silence de l’air ! Les vieux ponts
Sont comme un catafalque en deuil sur le canal.

La ville se résigne,
Appareillée avec les quais,
Et prend exemple sur les cygnes
Qui sont un vaste vol cargué.

Les cygnes mi-barque, mi-aile,
Presque redevenus des oiseaux de blason,
Dans cet air de veuvage et d’arrière-saison
Où seul le clair de lune un peu les emmielle !

XVIII

La neige est d’innocence et de miséricorde ;
Est-ce l’aile d’un invisible séraphin
Qui dissémine un blanc duvet presque divin ?
Miracle ! La blancheur de la neige concorde
Avec ce deuil de crêpes noirs qui règne ici.
La neige se dépêche à travers l’air transi
Pour venir au secours de la ville assoupie
Dont les maux sans espoir par elle sont pansés
Comme si ses flocons étaient de la charpie.
Ô la neige, tombez, la neige, assoupissez,
Vous l’endormeuse, avec vos musiques mineures,
La ville et la douleur de ses vieilles demeures ;
Bonne neige, tombez sur la ville, tombez ;
Ainsi qu’une pitié, tombez des cieux plombés ;
Bonne neige, tombez en chutes amorties
Sur la ville qui meurt dans les brouillards du nord ;
Patronne du Silence et de la Bonne Mort,
Apportez-lui vos rafraîchissantes hosties !

XIX

Les mantes sont d’accord avec les soirs funèbres,
Les tristes soirs brumeux qu’elles ont ennoblis,
Soirs de Toussaint où la ville s’immobilise
Et se tisse à soi-même un silence d’église,
Ô mantes comme un orgue aux longs tuyaux de plis !

? Et les mantes aux plis d’ombre chantent Ténèbres.

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Georges RODENBACH

Portait de Georges RODENBACH

Georges Rodenbach (né le 16 juillet 1855 à Tournai et mort le 25 décembre 1898 à Paris) était un poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXe siècle. Issu d’une famille bourgeoise d’origine allemande – son père, fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, est vérificateur des poids et mesures ;... [Lire la suite]

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