Poème 'Monsieur Jean, maître d’école' de Charles-Augustin SAINTE-BEUVE dans 'Pensées d'août'

Monsieur Jean, maître d’école

Charles-Augustin SAINTE-BEUVE
Recueil : "Pensées d'août"

En ces temps de vitesse et de nivellement,
De pouvoirs sans sommet comme sans fondement,
Où rien ne monte un peu qui soudain ne chancelle,
Il est encore, il est, tout au bas de l’échelle,
Un bien humble pouvoir, et qui n’a pas failli,
Qui s’est perpétué par-delà le bailli
Au maire, sans déchoir, c’est le maître d’école.
Et je ne veux pas faire un portrait sur parole,
Quelque idylle rêvée au retour de Longchamp,
Comme un abbé flatteur en son pastel changeant :
C’est le vrai. Tout village a son maire suprême,
Son curé dont le poids n’est plus partout le même,
Son médecin qui gagne… Après, au-dessous d’eux
En un rang moins brillant, aussi moins hasardeux,
Est le maître d’école. Un maire a ses naufrages ;
Quelque Juillet arrive et veut de nouveaux gages ;
Dix ans, quinze ans peut-être, on garde son curé,
Mais l’évêque le tient et le change à son gré ;
Le magister demeure. Il n’a, lui, ni disgrâce
À craindre, ni rival. Le curé, face à face,
Voit croître chaque jour l’esprit-fort, le docteur.
Le docteur suit sa guerre avec le rebouteur,
Dont maint secret encor fait merveille et circule :
Plus d’un croit à l’onguent, sur le reste incrédule.
Le magister n’a rien de ces chétifs combats.
Et d’abord, il est tout : la règle et le compas,
La toise est dans ses mains; géomètre, il arpente
Et sait les parts autant que le notaire. Il chante
Au lutrin, et récite au long la Passion.
Secrétaire au civil, si quelque question
Arrive à l’improviste au nom du ministère :
Combien d’orge, ou de lin, ou de vin rend la terre ?
Le maire embarrassé lui dit : Voyez ! Il va,
Il rencontre un voisin, qui guère n’y rêva,
Et là-dessus le prend; l’autre répond à vue
De pays, et voilà sa statistique sue.
Le chiffre aussitôt part et remplit son objet ;
Il fait autorité, l’on en cause au budget.
Mais est-ce par hasard quelque inspecteur primaire,
Novice, qui de loin s’informe près du maire ?
C’est mieux : le magister tout d’abord en sait long,
Et lui-même à souhait sur lui-même répond.
Il ne se doute pas, d’aplomb dans sa science,
Qu’un jour de ce côté viendra sa déchéance ;
Que cet œil scrutera ses destins importants ;
Il ne s’en doute pas ;… qu’il l’ignore longtemps !
La marge est longue encore. – En hiver, son école
Abonde, et son foyer, autant que sa parole,
Assemble autour de lui, comme frileux oiseaux,
Les enfants que l’été disperse aux durs travaux.
Plus nombreux il les voit, plus son zèle se flatte ;
Il s’anime, il les pousse ; et, s’il est Spartiate,
Il peut avec orgueil, le front épanoui,
Vous en citer déjà qui lisent mieux que lui !

Mais je ne veux pas rire, ai je sais un modèle
Bien grand et respectable, où ce détour m’appelle.
J’y viens. –

Je connaissais madame de Cicé,
De ce monde ancien à tout jamais passé,
Dévote et bonne, et douce avec un fonds plus triste,
Dès le berceau nourrie au dogme janséniste
Par sa mère, autrefois, la Présidente de… ;
Mais sous cette rigueur faisant aimer son Dieu.
Elle restait l’année entière dans sa terre ;
J’y passais, chaque automne, un long mois salutaire.
Un jour qu’après la messe, et son bras sur le mien,
Nous sortions pas à pas : « Oh ! remarquez-le bien,
« Dit-elle d’une voix aussitôt pénétrée,
« Et de l’œil m’indiquant vers le portail d’entrée,
« Le magister debout ; remarquez, il est vieux,
« Il ne vivra plus guère : un jour vous saurez mieux,
« Si je survis… » – « Déjà, repartis-je, aux offices,
« J’ai souvent admiré ses pieux exercices,
« Son chant accentué, son œil fin et sa voix
« Ferme encore, et cet air du meilleur d’autrefois.
« On l’estime partout. » – « Oh ! ce n’est rien, dit-elle,
« Près du vrai : c’est un saint, c’est l’ouvrier fidèle ! »

Elle continuait : aussi loin qu’elle alla,
J’écoutai, pressentant quelque chose au delà.

Tout après la Terreur, n’étant plus un jeune homme,
Monsieur Jean (c’est son nom, seul nom dont on le nomme,
Et ce mot de monsieur chaque fois s’y joignait
Tandis que la Marquise ainsi me le peignait),
Monsieur Jean, jusque alors absent, en maint voyage,
S’en était revenu se fixer au village ;
Au clocher qui gardait bien des tombes d’amis :
Sans parents, c’était là qu’en nourrice il fut mis.
Dans le temps qu’il revint, la tempête trop forte
Expirait : de l’école il rouvrit l’humble porte ;
Ce tut un bienfaiteur en ces ans dévastés :
Il renoua la chaîne, et des plus révoltés
Concilia l’ardeur, n’accusant que l’injure.
Ce qu’il dit, ce qu’il fit dans sa sagesse obscure,
Ce que reçut au coeur de bon grain en partant
Plus d’un enfant du lieu qui, mort en combattant,
S’est souvenu de lui, ce qu’il disait aux mères
(Car le prêtre, encor loin, manquait dans ces misères),
Celui-là seul le sait, qui sait combien d’épis
Recèlent en janvier les sillons assoupis !

Ce village où Senlis est la ville prochaine,
Qu’éloignent de Paris dix-neuf bornes à peine,
A tout un caractère à qui l’observe bien.
Pas de vice, de l’ordre ; et pourtant le lien
De famille est peu fort. On y tient à la terre,
Chacun en veut un coin ; être propriétaire,
D’un petit bout de champ derrière la maison,
D’où se tire le pain même en dure saison,
C’est le vœu. Rien après de quoi l’on se soucie.
Que fait le pain de l’âme à leur âme endurcie ?
L’industrie elle-même a l’air de trop pour eux :
Quand les hameaux voisins, chaque jour plus nombreux,
Aux fabriques surtout gagnent le nécessaire,
Ceux-ci sont des terriens qui les regardent faire.
La famille, ai-je dit, compte peu cependant :
Le fils, avec sa part, s’isole indépendant ;
Aux filles qui s’en vont, sans leur mère, à la danse,
La morale du pète est la seule prudence.
Bref, l’égoïsme au fond, de bon sens revêtu,
Et quelques qualités sans aucune vertu !

Le mal existe aux champs. Quand, lassé de la ville,
Et ne voulant d’abord qu’un peu d’ombre et d’asile,
On arrive, le calme, et la douce couleur,
L’air immense, tout plaît et tout paraît meilleur,
Tout paraît innocent, et l’homme et la nature.
Regardez plus à fond, et percez la verdure !
Un jour que j’admirais de jeunes plants naissants,
Aux lisières d’un bois un semis de deux ans,
Varié, tendre à voir : « Hélas ! me dit le maître,
« Tout croissait à ravir ; me faudra-t-il en être
« À mes frais d’espérance et d’entretien perdu ! »
– « Et pourquoi ? » – « Cette année, à foison répandu,
« Enfouissant partout sa ponte sans remède,
« Le hanneton fait rage, et le ver qui succède
« Prépare sa morsure à tout ce bois léger ;
« À la racine un seul, l’arbre va se ronger ;
« Bien peu résisteront. » – Ce mot fait parabole :
Le mal n’est jamais loin ; le ver creuse et désole.

Monsieur Jean voit le mal, et sous les dehors lourds,
D’égoïsme rampant, il l’attaqua toujours.
Pour vaincre aux jeunes cœurs la coutume charnelle,
Il tâche d’y glisser l’étincelle éternelle,
Et de les prémunir aux grossiers intérêts
Par la pure morale et ses vivants attraits.
Chaque enfant près de lui, c’est une âme en otage.
Simple, il dit ce qu’il faut : il dirait davantage
S’il ne se contenait au cercle rétréci ;
Et pourtant il se plaint d’avoir peu réussi.
Ces quinze derniers ans lui sont surtout arides ;
Soit que ses saints désirs se fassent plus avides
En approchant du terme, ou soit que, tristement,
Le bon germe en ces cœurs devienne plus dormant.
À peine il les éveille, et l’exemple l’emporte ;
Honnêtes… ils le sont, mais l’étincelle est morte ;
La communion fait le terme habituel
Où cesse de leur part tout souci vers le ciel :
Ce tour ingrat le navre. Âme à bon droit bénie,
Il a d’amers moments d’angoisse et d’agonie.
« Je l’ai vu, me disait madame de Cicé,
« Ces jours-là, vers mes bois errer le front baissé ;
« Et si je l’interroge et lui parle d’école :
« Oh ! tout n’est rien, dit-il, sans Celui qui console.
« Je les sais d’humeur calme, assez laborieux,
« Rangés par intérêt, mais non pas vertueux,
« Mais plus de Christ pour eux passé quinze ans, madame !
? « Ainsi souvent dit-il dans le cri de son âme. »

Et cet automne-là, c’est tout ce que je sus.
Mais l’automne prochain, retournant, j’aperçus
En entrant à la messe, au bord du cimetière,
Debout et blanche aux yeux, une nouvelle pierre,
Où je lus : « Monsieur Jean ci-gît enseveli,
« Mort à quatre-vingts ans, son exil accompli. »
Et le reste du jour, à partir de l’église,
Comme nous fûmes seuls, j’écoutai la marquise,
Qui, cette fois, m’ouvrit les secrets absolus
Du mort qu’elle pleurait. Elle-même n’est plus,
Je transmets à mon tour : il en est temps encore ;
Assez d’échos bruyants ; disons ce qu’on ignore !

Depuis trois ans le siècle atteignait son milieu,
Quand un soir, aux Enfants-Trouvés, près l’Hôtel-Dieu,
Un pauvre enfant de plus fut mis. Il eut nourrice
Dès le lendemain même, et partit à Saint-Brice,
Où demeurait la femme à qui son sort échut.
Cette femme à l’enfant, dès qu’elle le reçut,
S’attacha, le nourrit d’un lait moins mercenaire,
Puis le voulut garder, et lui fut une mère.
Ayant changé d’endroit, elle vint où l’on sait.
La Présidente de…, qui tous les ans passait
Six mois à son château, put connaître de reste
La femme que louait ce dévouement modeste :
Et l’enfant grandissait, objet de plus d’un soin.
La sage-femme aussi venait de loin en loin ;
Car, au lieu de le perdre au gouffre de misère,
Elle l’avait marqué d’une marque légère
À l’insu des parents, et l’avait pu savoir
Depuis en bonnes mains, fidèle à le revoir ;
Et la dernière fois qu’elle vint au village,
La Présidente eut d’elle un entier témoignage,
Mais dont rien au dehors ne s’était répété
Sur l’origine, hélas ! du pauvre rejeté.

Et l’enfant profitait entre ceux de l’école.
Son esprit appliqué sans un moment frivole,
Sa douceur au travail et ses jeux à l’écart,
Des larmes fréquemment au bleu de son regard,
Ses vives amitiés, ses tristesses si vraies
Qui soudain le chassaient sauvage au long des haies,
Sa prière angélique où le calme rentrait,
Tout assemblait sur lui la plainte et l’intérêt.
En avançant en âge, il ne quitta plus guère
La Présidente, et fut comme son secrétaire ;
Dans ses livres nombreux, mais purs et sans danger,
Elle l’abandonnait, le sachant diriger.
On avait quelquefois, de Paris, la visite
D’un grave et saint vieillard, front d’antique lévite,
Cœur aux divins larcins; qui de foi, d’amitié,
À Port-Royal croulant jadis initié,
Avait longtemps, autour de Châlons et de Troyes,
Chez les pauvres semé les plus fertiles joies.
Par lui l’on avait vu, dans un village entier,
Chaque femme en filant lire aussi le Psautier,
Et chaque laboureur fixer à sa charrue
L’Évangile entrouvert, annonce reparue !
Mais depuis par l’évêque, à force de détours,
Relancé de là-bas, il s’était pour toujours
Dérobé dans Paris, au fond d’une retraite,
Gardant sur quelques-uns direction secrète,
Vrai médecin de l’âme, à qui rien ne manquait
Du pouvoir transféré des Singlin, des Duguet.
Monsieur Antoine donc (l’humilité prudente
Avait choisi ce nom), près de la Présidente
Vit l’enfant, et sourit à ce tendre fardeau.
Durant les courts séjours du vieillard au château,
L’enfant l’accompagnait chaque soir aux collines,
Et d’une âme dès lors inclinée aux racines,
Il l’écoutait parler du germe naturel,
Endurci, corrompu, du mal perpétuel
Que même un cœur enfant engendre, s’il ne veille ;
De la Grâce surtout (ô frayeur et merveille !)
Qu’assez, assez jamais on ne peut implorer,
Assez tâcher en soi d’aimer, de préparer,
Mais qui ne doit descendre au vase qu’on lui creuse
Que par un plein surcroît de bonté bienheureuse.
Et s’entr’ouvrant après tout un jour nuageux,
Le couchant quelquefois éclairait de ses jeux
Le discours, et peignait l’espérance lointaine !
Et l’enfant se prenait à cette marche humaine
Ainsi sombre et voilée, et rude de péril,
Chemin creux sous des bois dans le torrent d’exil,
Mais qu’à l’extrémité de la voûte abaissée
Là-bas illuminait l’éternelle pensée.
Et ce terme meilleur et son jour attendri,
Et l’intervalle aussi, le torrent et son cri,
L’écho de Babylone au bois de la vallée,
Conviaient la jeune âme, à souhait désolée.
Sa tristesse en prière à temps se relevait.
Aux étoiles le soir, la nuit à son chevet,
Il disait avec pleurs le mal et le remède ;
À ses frères en faute il se voyait en aide,
Et contait, le matin, son projet avancé
À celle qui sera madame de Cicé,
Bien jeune fille alors, de cinq ans moins âgée
Que lui, mais qu’il aimait d’amitié partagée.
Et, de neuf à treize ans, les deux petits amis,
Sur l’erreur à combattre et sur les biens promis,
Sur l’homme et son naufrage, et le saint port qui brille,
S’en allaient deviser le long de la charmille,
Répandant de leur âme en ces graves sujets
Plus de chants que l’oiseau, plus d’or que les genêts,
Tout ce qu’a le printemps d’exhalaisons divines
Et de blancheur de neige aux bouquets des épines,
Et saint François de Sale, écoutant par hasard
Derrière la charmille, en aurait pris sa part.

Pour le jeune habitant à qui tout intéresse,
Ainsi de jour en jour, au château, la tendresse,
Augmentait de douceur. Pourtant l’âge arrivait ;
La puberté brillante apportait son duvet ;
Et sans un juste emploi dans la saison féconde,
Trop d’âme allait courir en sève vagabonde.
La Présidente aussi, d’un soin plus évident
Avait le cœur chargé. Souvent le regardant
Avec triste sourire et sérieux silence,
Elle semblait rêver à quelque ressemblance
Eu jusqu’au fond de l’œil et dans le fin des traits
Chercher une réponse à des effrois secrets.
Bien que bleu, cet œil vif et petit étincelle ;
Cette bouche fermée est comme un sceau qu’on scelle ;
Ce blond sourcil avance, et ce léger coton
N’amollit que de peu la ligne du menton.
Ses longs cheveux de lin sont d’un catéchumène ;
Mais sa taille bondit et chasserait le renne.
Tel il est à vingt ans ; tel debout je le vois,
Quand, après des conseils roulés depuis des mois,
La Présidente, émue autour de cette histoire,
Un matin l’appelant seul dans son oratoire,
Lui dit :

« Dieu, mon enfant, sur vous a des desseins,
« Ses circuits prolongés marquent certaines fins ;
« C’est à vous tout à l’heure à trouver ce qu’il cache.
« Mais il faut pour cela qu’un dur aveu m’arrache
« Ce que je sais de vous en pure vérité :
« De qui vous êtes fils ! j’ai longtemps hésité ;
« Mais il me semble, hélas ! que, sans être infidèle,
« Sans injure et larcin pour votre âme si belle,
« Je ne puis plus en moi dérober le dépôt ;
« Dût l’amertume en vous déborder aussitôt !
« Vous êtes désormais d’âge d’homme ; vous êtes
« Un chrétien affermi, capable des tempêtes.
« Dans le premier tumulte où ce mot vous mettra,
« Priez et demeurez ; l’Esprit vous parlera.
« Que tout se passe au fond en sa seule présence,
« Entre votre frayeur et sa toute-puissance,
« Entre sa grâce entière et votre abaissement !
« Il vous a jusqu’ici, comme visiblement,
« Préparé de tous points, choisi hors de la route
« Dans un but singulier, qui n’attend plus sans doute,
« Pour s’éclairer à vous, que le soudain rayon
« À qui va donner jour l’ébranlement d’un nom.
« À genoux, mon enfant ! et que Dieu vous suggère
« Un surcroît de faveurs, pauvre âme moins légère,
« Vous que de plus de nœuds il chargeait au berceau,
« Vous le cinquième enfant de Jean-Jacques Rousseau ! »

Montrant le Conseiller, l’Expiateur suprême,
Elle sortit.

D’un mot, c’était l’histoire même.
La sage-femme Gouin, qui de chaque autre enfant
Docile, avait livré le maillot vagissant,
Se repentit de voir l’homme déjà célèbre
Les vouer tous par elle à cette nuit funèbre.
Les langes du dernier, marqués à l’un des coins,
La tinrent sur la trace et guidèrent ses soins.
Dans l’entretien qu’elle eut avec la Présidente,
Elle la vit utile et sûre confidente,
Et dit tout. Celle-ci, l’ayant fait s’engager
À n’en parler jamais à nul autre étranger,
Jamais surtout au père, en retour fit promesse
D’être mère à l’enfant jusqu’en pleine jeunesse.
Et cette sage-femme était morte depuis.
La Présidente seule agitait les ennuis
D’un secret si pesant, et souvent fut tentée
De tout laisser rentrer dans l’ombre méditée.
Mais quoi ? complice aussi ! quoi ? chrétienne, étouffant
Le germe de l’épreuve à l’âme de l’enfant ;
Supprimant ce calvaire où le bien se consomme !
Monsieur Antoine crut qu’il fallait au jeune homme
Tout déclarer, afin de tirer de son cœur
L’entier tribut, payable au Maître en sa rigueur.

Le coup était subit, et rude fut l’attaque :
Le jeune homme en fléchit. Il n’avait de Jean-Jacque
Rien lu jusqu’à ce jour; mais le nom assez haut
Suffisait à l’oreille et faisait son assaut.
Si loin qu’il eut vécu du monde, jeune athlète,
Des assiégeants du temple il savait la trompette.
Dans un petit voyage et séjour à Paris
Avec monsieur Antoine, il avait trop compris
De quels traits redoutés fulminait dans l’orage
Cette gloire qu’en face il faut qu’il envisage.
En face… il le faut bien…, il faut qu’il sache voir
De combien sur lui pèse un si brusque devoir.
On doutait ;… la lecture à la fin fut permise :
Émile, il vous lut donc ; il vous lut, Héloïse !
Il lut tous ces écrits d’audace et de beauté,
Troublants, harmonieux, mensonge et vérité,
Éloquence toujours ! – Ô trompeuse nature !
Simplicité vantée, et sitôt sans pâture !
Foi de l’âme livrée aux rêves assouvis !
Conscience fragile ! oh ! qui mieux que ce fils
Vous saisit, vous sonda dans l’œuvre enchanteresse,
Embrassant, rejetant avec rage ou tendresse,
Se noyant tout en pleurs aux endroits embellis,
Se heurtant tout sanglant aux rocs ensevelis ;
N’en perdant rien,… grandeur, éclat, un coin de fange… ;
Et son cœur en révolte imitait le mélange.
Sous son ardent nuage ensemble et sous sa croix,
En ces temps-là, farouche, il errait par les bois,
Et collé sur un roc, durant une heure entière.
Il répétait Grand Être ! ou l’Ave, pour prière.
Autant auparavant il ne la quittait pas,
Autant depuis ce jour il évitait les pas
De la jeune compagne, à son tour plus contrainte ;
Il se taisait près d’elle et rougissait de crainte.
La Présidente aussi demeurait sans pouvoir ;
Et la lutte durait. Enfin il voulut voir,
Voir cet homme, ce père admirable et funeste,
Qu’il aime et qu’il renie, et que le siècle atteste,
Ce sincère orgueilleux, tendre et dénaturé,
Mêlant croyance et doute, et d’un ton si sacré ;
Tentateur au désert, sur les monts, qui vous crie
Que c’est pourtant un Dieu que le fils de Marie !

Il part donc, il accourt au Paris embrumé ;
Il cherche en plein milieu, dans sa rue enfermé,
Celui qu’il veut ravir ; il a trouvé l’allée,
Il monte… ; à chaque pas, son audace troublée
L’abandonnait. – Faut-il redescendre ? – Il entend,
Près d’une porte ouverte, et d’un cri mécontent,
Une voix qui gourmande et dont l’accent lésine :
C’était là ! Le projet que son âme dessine
Se déconcerte ; il entre, il essaie un propos.
Le vieillard écoutait sans détourner le dos,
Penché sur une table et tout à sa musique.
Le fils balbutiait ; mais, avant qu’il s’explique,
D’un regard soupçonneux, sans nulle question,
Et comme saisissant sur le fait l’espion :
« Jeune homme, ce métier ne sied point à ton âge ;
Épargne un solitaire en son pauvre ménage ;
Retourne d’où tu viens ! ta rougeur te dément ! »
Le jeune homme, muet, dans l’étourdissement,
S’enfuit, comme perdu sous ces mots de mystère,
Et se sentant deux fois répudié d’un père.
Et c’était là celui qu’il voudrait à genoux
Racheter devant Dieu, confesser devant tous !
C’était celle… Ô douleur ! impossible espérance !
Dureté d’un regard ! et quelle différence
Avec monsieur Antoine, aussi persécuté
Mais tendre, hospitalier en sa rigidité,
Son vrai père de l’âme !… Et pourtant c’était l’autre
Dont il s’émouvait d’être et le fils et l’apôtre !

Tendresse et piété surmontant ses effrois,
Il tenta la rencontre une seconde fois.
Dans la rue il voulait lui parler au passage,
Pourvu qu’un seul sourire éclairât son visage.
Mais, bien loin d’un sourire à ce front sans bonheur,
Le sourcil méfiant du pauvre promeneur
La contint à distance, et fit rentrer encore
Ce nom à qui le ciel interdisait d’éclore.

La crise était à bout; ce moment abrégea.
Il revint au château, plus raffermi déjà.

La lèpre de naissance et l’exil sur la terre,
L’expiation lente et son âpre mystère ;
L’invisible rachat des fautes des parents ;
À côté des rigueurs, les secrets non moins grands
De la miséricorde, et dans ce saint abîme,
Lui, peut-être, attendu de tout temps pour victime;
Son rôle nécessaire, ici-bas imposé,
De réparer un peu de ce qu’avait osé,
Trop haut, l’immense orgueil dans un talent immense,
Et sa tâche avant tout de vanner la semence ;
Ce lourd trajet humain plus sombre que jamais,
Plus que jamais réglé sur les lointains sommets :
Tout en lui s’ordonna : la Grâce intérieure,
Par un tressaillement, lui disait : Voilà l’heure !
Avec la Présidente il s’ouvrit d’un parti;
On conféra longtemps ; bref, il fut consenti
Que, pour gravir, chrétien, sa première montée,
Pour mûrir; pour ne plus demeurer à portée
De cet homme au grand nom, près de qui, chaque jour,
Le pouvait rentraîner l’espoir vain d’un retour ;
Et pour d’autres raisons d’absence et de voyage,
Il s’en irait à pied comme en pèlerinage.
Dans sa route tracée, il devait, en passant,
Visiter plus d’un frère opprimé, gémissant,
De saintes sœurs en deuil, et pour sûre parole,
Montrer quelque verset aux marges d’un Nicole.

Comment (en y songeant me suis-je demandé),
Comment ce qui fut fait alors et décidé
Ou senti seulement, tout ce détail extrême,
Madame de Cicé le sut-elle elle-même ?
Était-ce de sa mère en ce temps, ou de lui
Qui sauvage, ce semble, et craintif, aurait fui ?
Pourtant c’était de lui plutôt que de sa mère
Qui, je crois, en sut moins. Par un récit sommaire,
De lui donc, et plus tard… ? Mais non ;… si retraçants
Étaient ses souvenirs, quand, après bien des ans,
Elle me déroula l’histoire à sa naissance,
Qu’elle avait dû cueillir chaque image en présence ?
Si j’osais, en tremblant, à de si purs destins,
Vieillesses où j’ai lu la blancheur des matins,
Mêler une pensée, oh ! non pas offensante,
Et pourtant attendrie, et toujours innocente ;
Si j’osais traverser tant de fermes décrets,
D’une vague rougeur, d’un trouble, je dirais
Que peut-être, en partant pour ses lointains voyages,
Le jeune homme chrétien, entre autres raisons sages,
Eut celle aussi de fuir un trop proche trésor,
Et qu’avant le départ, sous la charmille encor,
En deux ou trois adieux d’intimité reprise,
Il put se confier et raconter la crise.
Elle donc, près du terme, et si loin de ces temps,
Se plaisait à rouvrir ces souvenirs sortants
De première amitié, tout au moins fraternelle,
Qu’un si cher intérêt avait gravés en elle.

À dater du départ, un long espace fuit.
Monsieur Antoine meurt, la Présidente suit ;
Madame de Cicé devient épouse et veuve ;
Lui, voyage toujours et mène son épreuve,
Soit en France, en visite aux amis que j’ai dits,
Soit bientôt, ses désirs saintement agrandis,
En Suisse, pour y voir cette éternelle scène,
Majestueux rochers où le tirait sa chaîne.
Il semble qu’en son cœur, dès ce temps, il fit vœu
De partout repasser, humble, aux sillons de feu,
Aux pas où le génie avait forcé mesure,
Et d’y semer parfum, aumône, action sûre.
Souvent il demeurait en un lieu plus d’un an,
Y vivant de travail, y couronnant son plan,
Puis reprenait à pied sa fatigue bénie.
La guerre, en Amérique, à peine était finie ;
Il se hâta d’aller, avide dans son choix
Des pratiques vertus de ces peuples sans rois,
Heureux s’il y trouvait un exemple fertile
De ce Contrat fameux ! – Imaginez Émile
Nourri de Saint-Cyran, élève de Singlin,
Venant aux fils de Penn, aux neveux de Franklin.
Il les aima, si francs et simples dans leur force ;
Mais discernant dès lors l’intérêt sous l’écorce,
Il ne vit point Éden par-delà l’Océan.
C’est vers ce temps qu’il prit ce nom de monsieur Jean,
Un nom qui fût un nom aussi peu que possible,
Et qui pourtant tenait par un reste sensible
À celui qui partout si haut retentissait.
La Révolution qui chez nous avançait,
Ballottant ce grand nom dans mille échos sonores,
L’inscrivant de sa foudre au sein des météores,
Le lui lançait là-bas, aux confins des déserts,
Grossi de tous les vents, de tous les bruits des mers.
À l’auberge, le soir, quand son repas s’achève,
Souvent ce nom nommé, comme un orage, crève.
C’était là son abîme et son rêve effaré !
Car tout ce qui s’en dit de cher et de sacré,
D’injuste et de sanglant, amour, culte ou colère,
Qu’on l’appelle incendie ou fanal tutélaire,
Tout aboutit eu lui, le déchire à la fois,
Tout crie au même instant en son âme aux abois.
La tendresse, la chair, en un sens se décide,
Mais l’esprit se soulève, à demi parricide ;
Le martyre est au comble : ainsi, pressant les coups,
Un seul cœur assemblait cette lutte de tous ;
Invisible, il était l’autel expiatoire
Du génie hasardeux, la croix de cette gloire.

Monsieur Jean s’en revint en France avec projet.
L’effroi cessait enfin dans ceux qu’on égorgeait.
Il se dit qu’en ce flot de sentiments contraires,
Le parti le plus sûr était d’être à ses frères,
Aux moindres, si privés de tous secours chrétiens ;
Et voilant ses motifs, modérant ses moyens,
Au village rentré chez sa vieille nourrice,
Il réunit bientôt, sous son regard propice,
Ce petit peuple enfant qui s’allait égarer,
Seule famille ici qu’il eût droit d’espérer.
Les filles en étaient d’abord ; mais l’une d’elles
Se forma par son soin à ces charges nouvelles.
Aux plus ingrats moments de son rude labeur,
Trop tenté de penser que tout germe est trompeur,
Que toute peine est vaine, après quelque prière,
S’endormant de fatigue, une douce lumière
Lui montrait quelquefois, à ses yeux revenu,
Celui-là qui jamais ne l’avait reconnu,
Dont il est bien la chair, mais qui, d’un lent sourire,
Lui semblait à la fin l’applaudir, et lui dire
Que, si l’homme mérite, il était méritant
Et qu’en son lieu lui-même en voudrait faire autant.
Mais le fils, déjà prompt aux genoux qu’il embrasse,
S’éveille, et serre l’ombre, et cherche en vain la trace
Et rappelant le deuil à ses esprits flattés,
Il accuse l’éloge et ses témérités.

Tel sévère en son but, voué sous sa souffrance,
Madame de Cicé, plus tard rentrée en France,
Le retrouva tout proche, et put, durant trente ans,
Noter son lent martyre et ses actes constants.
Les premiers mois passés du retour, dans leur vie,
Ils convinrent entre eux d’une règle suivie ;
Ainsi l’exigea-t-il. Un jour, un seul par an,
Il dînait désormais chez elle, à la Saint-Jean,
Douce fête d’été, champêtre anniversaire,
De ses contentements le rendez-vous sincère.
Il ne la visitait même que cette fois,
Et ne lui parlait plus qu’à de rares endroits,
Après l’église, ou quand le sentier qui le mène
Forçait en un détour leur rencontre soudaine.

Dans le soin des enfants, il tâchait d’allier
À ce qu’il sait du mal qu’il faut humilier,
Et sans fausser en rien la solide doctrine,
Quelques points de l’Émile et de sa discipline ;
Heureux, l’ayant greffé, de voir le rameau franc
Revivre à l’olivier qu’arrose un Dieu mourant.
Vers les champs, volontiers, ses images parlantes
Empruntent aux moissons et choisissent aux plantes ;
De la nature enfin il veut donner le goût,
Mais montrant le mélange et la sueur en tout.
Pour remettre au devoir une enfance indocile,
S’il ne frappe jamais, il remercie Émile.

Cette simple commune, où le moindre habitant,
Sans misère aussi bien que sans luxe irritant,
A son coin à bêcher, semblait juste voulue
Pour la félicité pleinement dévolue,
Selon un rêve illustre, au hameau laboureur,
Aux innocents mortels : « Pourtant voyez l’erreur,
Se disait monsieur Jean ; de l’habitude agreste
Voyez les duretés, si Dieu ne fait le reste,
Si le saint Donateur, au creux de tout sillon,
Comme il dore l’épi, ne mûrit le colon.
Ah ! si Jean-Jacque a su, d’aversion profonde,
Les pestes de la ville et le mal du beau monde,
Monsieur Jean a senti, par un exact retour,
La pierre de la glèbe au fond de son labour.
Il s’écriait souvent : Esprit ! Esprit ! mystère !
« Qu’est-ce donc si c’est là le meilleur de la terre,
Se disait-il encore, et si moins de méchants
Nous font par contre-coup de telles bonnes gens ? »
Et repassant le monde en cet étroit modèle :
« Voilà donc, sans la foi, l’avenir qu’on appelle ;
Sinon vices brillants, sourds intérêts couverts ;
Peu d’âmes, par-delà comme en deçà des mers ! »

Et ces mots, après lui si tristes à redire,
Étaient, je le veux croire, un point de son martyre,
L’un payant en détail sous l’horizon fermé
Les éclairs par où l’autre avait tout enflammé.

Dieu d’amour ! Dieu clément ! il eut pourtant des heures,
Que ton ciel agrandi lui renvoya meilleures ;
Où, sa religion et sa foi demeurant,
Son cœur justifié redevint espérant
Pour l’avenir, pour tous, pour ce grand mort lui-même !
Sur la création s’apaisait l’anathème.
Un mois ayant sa fin, à la Saint-Jean d’été,
Doux saint que son école avait toujours fêté,
Il la voulut, joyeuse, emmener tout entière,
Et pour longue faveur qu’il jugeait la dernière,
Au parc d’Ermenonville, à ce beau lieu voisin.
Cette fête riante avait son grand dessein.
Deux heures suffisaient, même en lourd attelage ;
On partit à l’aurore, et sous le plein feuillage ;
En ordre, à rangs pressés, tous les enfants assis
S’animaient aux projets, bourdonnaient en récits
Et malgré le bedeau dont la tâche est prudente,
Atteignaient, secouaient chaque branche pendante,
Et par eux la rosée allait à tous instants
Sur le vierge vieillard aux quatre-vingts printemps.
Sitôt du chariot la bande descendue,
À l’avance réglée, une messe entendue
(Vous devinez l’objet et pour l’âme de qui)
Bénit et confirma ce jour épanoui.
Et monsieur Jean pleurait, tressaillait d’espérance,
Songeant pour qui ces cœurs demandaient délivrance,
Essaim fidèle encor, qui, priant comme il faut,
Concourait sans savoir au sens connu d’en-haut.
La messe dite, seul, et l’âme plus voilée,
Dans l’île il voulut voir le vide mausolée,
Défendant aux enfants tout le lac alentour.
Mais revenu de là, pour le reste du jour
Il ne les quitta plus, et se donna l’image
De leur entier bonheur. Les jardins sans dommage
Traversés, le Désert les reçut plus courants.
Leurs voix claires montaient sous les pins murmurants.
Et détachés du jeu, quelque demi-douzaine
Que le respect, qu’aussi la fatigue ramène,
D’un esprit attentif, déjà moins puéril,
Écoutaient le vieillard : « Voilà, leur disait-il,
« De beaux lieux, mes enfants, et ce matin encore
« Vous les imaginiez comme ce qu’on ignore.
« Il est bien d’autres lieux, il en est un plus beau,
« Le seul vrai, près duquel ceci n’est qu’un tombeau.
« À se l’imaginer, on ne saurait que feindre ;
« Plus haut que le soleil il faut aller l’atteindre,
« Plus haut qu’à chaque étoile où vos yeux se perdront.
« Ce voyage si grand, il est aussi bien prompt :
« On le fait dans la mort sur les ailes de l’âme.
« Comportez-vous déjà pour que plus tard, sans blâme,
« Le Maître vous reçoive, il vous connaît ici. »
– Comme l’un demandait : « À qui donc est ceci ?
« Quel est le maître ? » – « Enfants, il est toujours un maître
« Quand on voit de beaux lieux ; seulement, sans paraître,
« Il vous laisse vous plaire et courir en passant.
« Ainsi Dieu fit pour l’homme en l’univers naissant :
« Mais l’homme, enfant malin, a gâté la merveille ;
« Le Christ l’a réparée ; il faut qu’on se surveille. »
– « Ce maître, ajoutait-il, est absent : moi bientôt,
« Qui suis là, mes enfants, je partirai là-haut ;
« Je deviendrai, pour vous, absent dans vos conduites.
« Mais mon œil vous suivra ; pensez-y donc, et dites :
« Le vieux maître est absent, mais toujours il nous voit,
« Et si nous faisons bien, Dieu l’aime et le reçoit. »
« J’eus aussi mon vieux maître, à cet âge où vous êtes ;
« Il me suit, et nous voir, c’est une de ses fêtes. »
– Dans le désert assis, tout autour du goûter,
Les tenant à ses pieds plus prêts à l’écouter,
Il mêlait l’autre pain, l’immortel et l’aimable,
Que Platon n’eût pas cru des petits saisissable;
Il le multipliait ; et si, sous son regard,
Deux d’entre eux disputaient une meilleure part,
Un simple mot, au cœur du plus fort, le désarme,
Le fait céder au faible et s’éloigner sans larme ;
Et bientôt, comme ensemble il les voyait remis,
La querelle oubliée : « Ainsi, jeunes amis,
« Disait-il, si plus tard l’intérêt dans la vie
« Vous sépare, il vaut mieux que le fort sacrifie,
« Que le faible épargné se repente à son tour,
« Vous souvenant qu’ici vous fûtes tous un jour,
« Vous souvenant qu’à l’âme une secrète joie
« Vaut mieux que double part où le mal fait sa proie.
« Heureux par le vieux maître, aimez-vous tous pour lui ! »
– Et le jour allait fuir ; une étoile avait lui.
Et d’un tertre à ses pieds leur montrant la campagne,
D’un cœur surabondant que le passé regagne,
Un écho du Vicaire en lui retentissait :
Mais ce prompt souvenir à l’instant se taisait
Dans le Sermon sur la Montagne !

Jean-Jacques, si pour l’homme ici trop relégué
Ta religion vague et son appui tronqué
Suffisait, si pourtant tes simples Élysées
N’étaient pas le faux jour des clartés trop aisées,
Que peux-tu dire encore ? Il fut digne de toi ;
Tu l’as connu pour fils aux rayons de sa foi,
Et le tirant, Esprit, aux sphères où tu restes,
Tu le montres d’orgueil aux sagesses célestes.
Mais si tu t’es trompé, si ce natif orgueil
A pour tous et pour toi fait dominer l’écueil ;
Si le Maître, à la fois plus tendre et plus sévère,
Nous tient dès l’origine et de plus près nous serre,
Mesurant de tous temps l’abîme et les appuis,
Ménageant au retour d’invisibles conduits ;
Si, plus clément peut-être à la terre purgée,
Il est toujours le Dieu de la Croix affligée,
Ce fils meilleur que toi qui t’es dit le meilleur,
Ce fils, dont les longs jours ont passé tout d’un pleur,
Par l’effet répandu d’un vivant sacrifice
Ne t’a-t-il pu tirer des limbes, ton supplice ?
Et délivrés tous deux et par-delà ravis,
Ne peut-on pas vous dire : Heureux père ! Heureux fils !

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Ces très grand.

Rédiger un commentaire

Charles-Augustin SAINTE-BEUVE

Portait de Charles-Augustin SAINTE-BEUVE

Charles-Augustin Sainte-Beuve est un critique littéraire et écrivain français, né le 24 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mort le 13 octobre 1869 à Paris. Né à Moreuil le 6 novembre 1752, le père de l’auteur, Charles-François Sainte-Beuve, contrôleur principal des droits réunis et conseiller municipal à... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto