Poème 'Le Calme' de Charles-Augustin SAINTE-BEUVE dans 'Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme'

Le Calme

Charles-Augustin SAINTE-BEUVE
Recueil : "Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme"


Ma muse dort comme une marmotte de mon pays… Comme il vous plaira, ma verve ; ce qu’il y a de sûr, c’est que je ne ferai rien sans vous.
Ducis.

Souvent un grand désir de choses inconnues,
D’enlever mon essor aussi haut que les nues,
De ressaisir dans l’air des sons évanouis,
D’entendre, de chanter mille chants inouïs,
Me prend à mon réveil ; et voilà ma pensée
Qui, soudain rejetant l’étude commencée,
Et du grave travail, la veille interrompu,
Détournant le regard comme un enfant repu,
Caresse avec transport sa belle fantaisie,
Et veut partir, voguer en pleine poésie.
À l’instant le navire appareille : et d’abord
Les câbles sont tirés, les ancres sont à bord,
La poulie a crié ; la voile suspendue
Ne demande qu’un souffle à la brise attendue,
Et sur le pont tremblant tous mes jeunes nochers
S’interrogent déjà vers l’horizon penchés.
Adieu, rivage, adieu ! — Mais la mer est dormante,
Plus dormante qu’un lac ; mieux vaudrait la tourmente !
Mais d’en haut, ce jour-là, nul souffle ne répond ;
La voile pend au mât et traîne sur le pont.
Debout, croisant les bras, le pilote, à la proue,
Contemple cette eau verte où pas un flot ne joue,
Et que rasent parfois de leur vol lourd et lent
Le cormoran plaintif et le gris goëland.
Tout le jour il regarde, inquiet du voyage,
S’il verra dans le ciel remuer un nuage,
Ou frissonner au vent son beau pavillon d’or ;
Et quand tombe la nuit, morne, il regarde encor
La quille où s’épaissit une verdâtre écume,
Et la pointe du mât qui se perd dans la brume.

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Commentaires

  1. Terre du roi de sable
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    Au bord du monde, il est une terre inconnue,
    Au point où l'horizon part rejoindre les nues ;
    Les tourments, dans ce lieu, s'étant évanouis,
    On sent planer dans l'air des parfums inouïs.

    Les druides, quelquefois, y vont par la pensée,
    Se protégeant, sitôt la route commencée,
    Par la grâce d'un sort jamais interrompu :
    Les monstres du chemin ne sont jamais repus.

    Roi de sable, tu es seigneur de fantaisie,
    Monarque des rimeurs, maître de poésie,
    Au très noble discours, au bien plaisant abord,
    Ta coupe de sagesse est remplie jusqu'au bord.

  2. (« Terre du roi de sable » est de moi, j'ai juste oublié de signer.).

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