Poème 'Valse mystique' de Gaston COUTÉ

Valse mystique

Gaston COUTÉ

A mon ami Abel Renault.

Le soir, quand paraît la première étoile,
Les coeurs de tous ceux qui sont morts d’amour
Viennent vers la terre et fendent le voile
Qui les cache aux yeux des vivants, le jour.
Alors, dans la nuit brune et fantastique,
Leur sang meurtri pleut et retombe en pleurs
Sur l’herbe, troublant la mélancolique
Chanson de sanglots du vent dans les fleurs.

Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Ils accourent tous !… le coeur du poète
Et de son amante aux yeux langoureux,
Le coeur de l’éphèbe à la blonde tête,
Le coeur torturé des vieux amoureux,
Le coeur de la vierge aimante et pudique,
Le coeur de la femme aux baisers trompeurs,
Ils accourent tous !… pris d’un nostalgique
Besoin de revoir le val des douleurs.

Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs
Dansent dans les airs la valse mystique ! …

Ils tournent noyés dans des flots d’extase,
Parmi des parfums lourds et capiteux
Tandis que la lune au front de topaze
Etincelle au fond du ciel nébuleux ;
Et leur tourbillon noir et magnétique
Poursuit son chemin, semant des lueurs
D’or en fusion dans la magnifique
Splendeur de l’espace aux vagues pâleurs.

Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs
Dansent dans les airs la valse mystique !…

Mais, sitôt que perce un clair rayon d’aube
Et qu’un chant d’oiseau bruit dans le vallon,
Leur essaim léger au loin se dérobe
Et plus rien !… alors, plaintifs, ils s’en vont,
Pour rentrer, passer sous le grand portique
D’azur diaphane enlacé de fleurs
D’opale où le Dieu calme et pacifique
Dénombre, un par un, le troupeau des coeurs.

Et le lendemain, tous les pauvres coeurs
Reviennent danser la valse mystique.

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Commentaires

  1. Boissons mystiques
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    Ne buvons pas les étoiles,
    C’est un breuvage trop lourd,
    Ni le grand soleil que voile
    Une brume sans amour.
    Buvons des trucs fantastiques,
    Buvons du rire et des pleurs,
    Du cidre mélancolique
    Et du beaujolais en fleur,
    Buvons des boissons mystiques.

    Ne buvons pas notre extase
    Ni nos rêves capiteux ;
    Ne buvons ni les topazes,
    Ni les rubis nébuleux :
    Buvons des trucs magnétiques
    Produisant de la lueur
    Qui peut rendre magnifique
    Notre ordinaire pâleur,
    Buvons des boissons mystiques.

    Ah ! Ne buvons point l’aurore
    Les coteaux ni les vallons,
    Ni la lune qui décore
    Le rebord de l’horizon ;
    Mais buvons, sous les portiques,
    Une exotique liqueur,
    Buvons des potions magiques,
    Nous mettant la joie au coeur,
    Buvons des boissons mystiques.

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Gaston COUTÉ

Portait de Gaston COUTÉ

Gaston Couté, né à Beaugency le 23 septembre 1880, mort à Paris 10e le 28 juin 1911, est un poète libertaire et chansonnier français. Gaston Couté est le fils d’un meunier. Avant le baccalauréat, il quitte l’école, qu’il détestait. Il est employé comme commis auxiliaire à la Recette générale des impôts... [Lire la suite]

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