Poème 'La jeune Locrienne' de André CHÉNIER dans 'Poésies Antiques'

La jeune Locrienne

André CHÉNIER
Recueil : "Poésies Antiques"

« Fuis, ne me livre point. Pars avant son retour ;
« Lève-toi ; pars, adieu ; qu’il n’entre, et que ta vue
« Ne cause un grand malheur, et je serais perdue !
« Tiens, regarde, adieu, pars : ne vois-tu pas le jour ? »

Nous aimions sa naïve et riante folie,
Quand soudain, se levant, un sage d’Italie,
Maigre, pâle, pensif, qui n’avait point parlé,
Pieds nus, la barbe noire, un sectateur zélé
Du muet de Samos qu’admire Métaponte,
Dit :  » Locriens perdus, n’avez-vous pas de honte ?
Des moeurs saintes jadis furent votre trésor ;
Vos vierges, aujourd’hui riches de pourpre et d’or,
Ouvrent leur jeune bouche à des chants adultères.
Hélas ! qu’avez-vous fait des maximes austères
De ce berger sacré que Minerve autrefois
Daignait former en songe à vous donner des lois ? »
Disant ces mots, il sort… Elle était interdite ;
Son oeil noir s’est mouillé d’une larme subite ;
Nous l’avons consolée, et ses ris ingénus,
Ses chansons, sa gaîté, sont bientôt revenus.
Un jeune Thurien, aussi beau qu’elle est belle
(Son nom m’est inconnu), sortit presque avec elle :
Je crois qu’il la suivit et lui fit oublier
Le grave Pythagore et son grave écolier.

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Commentaires

  1. Ce poème est un de mes préférés...au moins dans la poésie de Chénier ! J’apprécie beaucoup ce genre « anecdotique » qui décrit une courte scène avec la précision et le charme d’une excellente scène de cinéma. Il devrait à mon sens être aussi connu que « La jeune Tarentine », qui lui est « élégiaque » et invite vraiment à partager les pleurs du poète.
    Nous sommes dans une taverne et un étranger, philosophe austère, va provoquer un « clash » en critiquant les mœurs dissolues d’une jolie jeune femme au milieu d’un groupe de « soupirants ». Sortie théâtrale immédiate de cet intervenant qui n’attend pas de réponse... On a eu dans les quatre premiers vers la description du caractère de la locrienne, qui fait mine de repousser les avances. Elle est subitement interloquée, mais il ne faudra pas longtemps pour la consoler, ce que le poète observateur remarque, en se plaçant lui même dans le groupe d'admirateurs de cette jeune femme. Il suggère même qu’elle obéisse presqu’aussitôt après, à l’appel du plaisir, sans plus penser au philosophe, ni à sa remarque.
    L’auteur nous fait quasiment participer avec lui à cette scène, au point que nous pouvons pour nous mêmes faire la description physique de la locrienne ( alors que seul le philosophe est décrit ) qui est jeune, gaie, sans doute court-vêtue, parée de bijoux bruissants avec elle, comme nous l’imaginons brune et très belle...
    La scène se situait à Locres ou Locri en Italie, en Calabre plus précisément, ce qui nous rapproche bien sûr encore de Tarente et de la jeune Tarentine...

  2. Dame-ermite
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    Je vis au coin d’un bois, loin de la vie mondaine ;
    C’est à la Trinité que va tout mon amour
    Qui de jour et de nuit visite ce séjour
    Afin de partager mon bonheur et ma peine.

    Or, je m’abreuve au Livre, éternelle fontaine :
    Des prophètes d’antan je retiens le discours,
    Et la Bonne Nouvelle accompagne mes jours
    Qui garde mon esprit de toute notion vaine.

    C’est Dieu qui m’a donné ma vie et ma beauté,
    Le goût de la prière, et peu de vanité,
    Toutefois, j’aime bien ma chevelure blonde.

    Si ce jeune berger vers moi tournait ses yeux,
    Mon âme finirait par renoncer aux cieux,
    Ayant perdu l’orgueil de renoncer au monde.

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