Poème 'Mnaïs' de André CHÉNIER dans 'Poésies Antiques'

Mnaïs

André CHÉNIER
Recueil : "Poésies Antiques"

Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde,
La brebis se traînant sous sa laine féconde,
Au front de la colline accompagnent les pas,
A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas !
Par Cybèle et Cérès et sa fille adorée,
Une grâce légère, une grâce sacrée.
Naguère auprès de vous elle avait son berceau,
Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.
Que vos agneaux au moins viennent près de ma cendre
Me bêler les accents de leur voix douce et tendre,
Et paître au pied d’un roc où, d’un son enchanteur,
La flûte parlera sous les doigts du pasteur.
Qu’au retour du printemps, dépouillant la prairie,
Des dons du villageois ma tombe soit fleurie ;
Puis, d’une brebis mère et docile à sa main,
En un vase d’argile il pressera le sein ;
Et sera chaque jour d’un lait pur arrosée
La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée.
Morts et vivants, il est encor pour nous unir
Un commerce d’amour et de doux souvenir.
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Commentaires

  1. Atelier de l’héraldiste
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    Cet artisan travaille à faire un monument
    Tout en blasons tordus, improbable édifice ;
    La chèvre du voisin, devant ces artifices,
    Reste en contemplation pendant de longs moments.

    L’héraldiste amateur n’a guère d’instruments,
    Mais d’un peu de temps libre il a le bénéfice ;
    Il prend quelque plaisir à remplir cet office
    Et sa caprine amie l’approuve, apparemment.

    Le blason utilise un folklore historique
    Et quelques animaux, mais rien de théorique,
    À part Mendeleïev et son petit poisson.

    Quand une oeuvre surgit, d’autres artistes viennent
    En donner des échos, que ces pages retiennent,
    Qui sans eux ne seraient rien que ce qu’elles sont.

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