Poème 'Le Berceau' de Georges RODENBACH dans 'La Jeunesse blanche'

Le Berceau

Georges RODENBACH
Recueil : "La Jeunesse blanche"

Ma mère, elle a voulu garder, la sainte femme,
Mon massif berceau d’autrefois ;
Il rêve dans un coin aux jours d’épithalame
Où moi, l’enfant nouveau, j’avais une jeune âme
Et la mère une jeune voix.

Mais la voix s’est usée et plus jamais ne chante
Puisque les enfants sont grandis ;
Et moi, je m’use aussi dans la foule méchante
Et le berceau lui-même est en deuil, lui qui hante
L’âme de ceux qui sont partis !

Car il sait comme nous que les pauvres sœurs frêles
Gisent mortes, dans leurs caveaux,
Lui qui les aimait tant et qui comptait sur elles
Pour voir, un soir d’été, comme des tourterelles,
Lui venir des enfants nouveaux.

Puisqu’il en est ainsi, quoique seul et morose,
Moi je t’honore, mon berceau !
Et le temps ressuscite où dans la chambre close
Tu dormais près du lit tel qu’une barque rose
Qu’on amarre auprès d’un vaisseau.

Et j’évoque en pleurant la musique éphémère
De celle qui venait s’asseoir
Et chanter, en suivant le vol de sa chimère,
Si doucement que c’est par sa chanson de mère
Que j’appris à parler, le soir !

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

Georges RODENBACH

Portait de Georges RODENBACH

Georges Rodenbach (né le 16 juillet 1855 à Tournai et mort le 25 décembre 1898 à Paris) était un poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXe siècle. Issu d’une famille bourgeoise d’origine allemande – son père, fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, est vérificateur des poids et mesures ;... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto