Poème 'L’Esprit Parisien' de Alfred de VIGNY

L’Esprit Parisien

Alfred de VIGNY

Esprit parisien ! démon du Bas-Empire !
Vieux sophiste épuisé qui bois, toutes les nuits,
Comme un vin dont l’ivresse engourdit tes ennuis,
Les gloires du matin, la meilleure et la pire ;

Froid niveleur, moulant, aussitôt qu’il expire,
Le plâtre d’un grand homme ou bien d’un assassin,
Leur mesurant le crâne, et, dans leur vaste sein,
Poussant jusques au cœur ta lèvre de vampire ;

Tu ris ! — Ce mois joyeux t’a jeté trois par trois
Les fronts guillotinés sur la place publique.
— Ce soir, fais le chrétien, dis bien haut que tu crois.

À genoux ! roi du mal, comme les autres rois !
Pour que la Charité, de son doigt angélique,
Sur ton front de damné fasse un signe de croix.

Poème préféré des membres

ecnaida a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Nef d'or
    ----------

    C'est la nef d'or, portant un prêtre de l'Empire,
    Sur l'océan d'argent d'avançant jour et nuit,
    Rencontrant le bonheur, rencontrant les ennuis,
    Parée à recevoir le meilleur et le pire.

    Volent de beaux poissons dans le vent qui soupire,
    Plane un lion magicien qui dans la brume fuit ;
    La corne d'abondance offre ses bons produits,
    Prodiguant son miracle à tout ce qui respire.

    La nef n'a pas de mât, mais un clocher bien droit,
    Son équilibre vient des vertus de la foi
    Et d'un constant recours à la métaphysique ;

    Elle va, sur les flots, suivant sa propre loi.
    -- Quelle destination, prêtre de bon aloi ?
    -- Je l'improvise au vol, comme on fait, en musique.

  2. Deuxième vers : s'avançant.

Rédiger un commentaire

© 2018 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS