Poème 'L’Oubli' de Georges RODENBACH dans 'Les Tristesses'

L’Oubli

Georges RODENBACH
Recueil : "Les Tristesses"

J’avais vu – l’an dernier – au fond d’un cimetière
Une petite tombe étroite et toute entière
Recouverte de fleurs qui s’effeuillaient au vent.
C’était le jour des Morts et la foule en rêvant
Sentait près des défunts combien la vie est vaine.
Tout était blanc sur ce tombeau ; pas une veine
Dans le marbre caché sous un amas tremblant
De roses, de jasmins, de lis ; tout était blanc.
On eût qu’en partant vers la voûte éternelle
La morte comme un cygne avait ouvert son aile
Et perdu son duvet au bord de ce chemin.
En écartant un peu les bouquets de la main
Je lus qu’elle était morte à peine fiancée ;
Et je compris alors cette exquise pensée
D’un triste amant, perdu là-bas dans l’horizon,
Qui le matin, quittant sa funèbre maison,
Sans doute était venu couvrir sa bien-aimée
De ce voile de neige épaisse et parfumée
Que la pluie automnale avait mouillé de pleurs…

Je viens d’aller revoir la tombe…elle est sans fleurs.

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Georges RODENBACH

Portait de Georges RODENBACH

Georges Rodenbach (né le 16 juillet 1855 à Tournai et mort le 25 décembre 1898 à Paris) était un poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXe siècle. Issu d’une famille bourgeoise d’origine allemande – son père, fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, est vérificateur des poids et mesures ;... [Lire la suite]

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