Poème 'Chant de Sapho au bûcher d’Érinne' de Amable TASTU dans 'Poésies'

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Chant de Sapho au bûcher d’Érinne

Amable TASTU
Recueil : "Poésies"

Fragment du poème d’Erinne


Vous qui passez près de ce monument baigné de larmes, quand

vous descendrez chez Pluton , dites-lui : Dieu des enfers, que tu
es jaloux de la beauté !
ÉRINNE.

Heureuse, ô jeunes Lesbiennes,
La prêtresse du dieu des vers,
Dont les vierges Ioniennes,
Seules, inspirent les concerts !
Heureuse celle qui sommeille
Avant le moment où s’éveille
L’erreur, mère des longs regrets ;
Celle-là meurt digne d’envie,
Qui laisse après soi dans la vie
Des chants purs comme ses attraits.

Pleurez, vierges, pleurez la fille de la lyre
Qui redemande en vain d’un noble et pur délire
Le songe évanoui ;
Celle pour qui la honte à la gloire est unie,
Qui de tout son bonheur a payé son génie ,
Et n’en a point joui ;
Celle qu’atteint l’envie et sa langue mortelle :
Mais ce n’est point Érinne, hélas ! ce n’est pas elle !

Chaste vierge, nouvelle amante,
L’hymen réclamait ses appas,
Et j’ai vu sa tête charmante
Flétrie au souffle du trépas.
Brisant ta chaîne commencée,
De ton sort, belle fiancée,
Si Pluton se montre jaloux,
Du moins ton ombre consolée
Sentira sur le mausolée
Tomber les pleurs d’un jeune époux.

Celle qu’il faut pleurer, autrefois sans rivale,
A cherché le bonheur à la clarté fatale
De l’amoureux flambeau.
Elle aima sans mesure, et ne fut point aimée.
Du courroux de Vénus, lentement consumée,
Elle marche au tombeau,
Où ne la suivra point une larme fidèle
Non, ce n’est point Érinne, hélas ! ce n’est pas elle !

Elle a passé comme l’aurore
Qui fuit au sommet des coteaux,
Comme la voix triste et sonore
Du cygne entraîné par les eaux,
Comme la fleur de Cythérée,
Quand les heures de la soirée
Découronnent son front vermeil,
Ou comme la source argentée
Dont l’eau faiblement agitée
S’épuise aux rayons du soleil.

Celle qu’il faut pleurer, celle-là souffre encore,
Mais elle attend son heure, et peut-être l’implore.
Elle a vu dans la nuit,
Sur son lit qu’entouraient de sinistres présages,
Les Muses tristement pencher leurs beaux visages,
Et quand le jour s’enfuit,
Il sort des flots glacés une voix qui l’appelle.
Non, ce n’est point Erinne, hélas ! ce n’est pas elle.

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