Poème 'Le château de cartes' de Jean-Pierre Claris de FLORIAN dans 'Fables'

Le château de cartes

Jean-Pierre Claris de FLORIAN
Recueil : "Fables"

Un bon mari, sa femme et deux jolis enfants
Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage
Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parents.
Ces époux, partageant les doux soins du ménage,
Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons ;
Et le soir, dans l’été, soupant sous le feuillage,
Dans l’hiver, devant leurs tisons,
Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse,
Leur parlaient du bonheur qu’ils procurent toujours.
Le père par un conte égayait ses discours,
La mère par une caresse.
L’aîné de ces enfants, né grave, studieux,
Lisait et méditait sans cesse ;
Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse,
Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu’aux jeux.
Un soir, selon l’usage, à côté de leur père,
Assis près d’une table où s’appuyait la mère,
L’aîné lisait Rollin ; le cadet, peu soigneux
D’apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes,
Employait tout son art, toutes ses facultés,
A joindre, à soutenir par les quatre côtés
Un fragile château de cartes.
Il n’en respirait pas d’attention, de peur.
Tout à coup voici le lecteur
Qui s’interrompt.  » Papa, dit-il, daigne m’instruire
Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérants,
Et d’autres fondateurs d’empire ;
Ces deux noms sont-ils différents ?  »
Le père méditait une réponse sage,
Lorsque son fils cadet, transporté de plaisir,
Après tant de travail, d’avoir pu parvenir
A placer son second étage,
S’écrie :  » Il est fini !  » Son frère, murmurant,
Se fâche, et d’un seul coup détruit son long ouvrage ;
Et voilà le cadet pleurant.
 » Mon fils, répond alors le père,
Le fondateur c’est votre frère,
Et vous êtes le conquérant. « 

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Commentaires

  1. Ange d’un jeu de cartes
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    Sur la joueuse il pose un regard apaisant;
    Sa couleur est toujours choisie comme atout maître ;
    Il se droit supérieur, sans le laisser paraître,
    Aux rois qui contre lui se vont coalisant.

    Même, il est envers eux quelquefois complaisant,
    Lui qui ne veut jamais les attaquer en traître ;
    Les valets ne sont point ravis de le connaître,
    Surtout celui de coeur, un être malfaisant.

    Les as, remplis d’orgueil, jamais ne le regardent,
    Disant qu’on l’a placé dans ce jeu par mégarde ;
    Ils eussent préféré qu’on y mît un vizir.

    Tard dans la nuit les gens jouèrent et causèrent,
    Puis au fond d’un tiroir les cartes ils posèrent ;
    L’ange dormit, rêvant aux Ailes du Désir.

  2. Tarot d"inframonde
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    Les cartes sont noires,
    Les figures sont de flammes,
    L'atout c'est de l'os.

  3. Siamois en Eden
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    Ces deux têtes, sans s’aimer,
    Sur le même corps se dressent ;
    Pas de cadet, pas d’aîné,
    Qui aura le droit d’aînesse ?

    Ventre toujours affamé,
    Coeur d’une grande rudesse ;
    Si leurs mains pouvaient s’armer,
    Elles seraient chasseresses.

    Les parents sont mécontents
    De les voir souffrir autant,
    Ça devient insupportable.

    Dieu, qui est peut-être aux cieux,
    Mit, par mystère, en ce lieu,
    Des tourments bien regrettables.

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