Poème 'Le Lion de l’Atlas' de Théophile GAUTIER dans 'Poésies nouvelles et inédites'

Le Lion de l’Atlas

Théophile GAUTIER
Recueil : "Poésies nouvelles et inédites"

Dans l’Atlas, – je ne sais si cette histoire est vraie, -
Il existe, dit-on, de vastes blocs de craie,
Mornes escarptemens par le soleil brûlés ;
Sur leurs flancs, les ravins font des pus de suaire ;
A leur base s’étend un immense ossuaire
De carcasses à jour et de crânes pelés ;

Car le lion rusé, pour attirer le pâtre,
Le Kabyle perdu dans ce désert de plâtre,
Contre le roc blafard frotte son mufle roux.
Fauve comédien, il farde sa crinière,
Et, s’inondant à flots de la pâle poussière,
Se revêt de blancheur ainsi que d’un bournous!

Puis, au bord du chemin, il rampe, il se lamente,
Et de ses crins menteurs fait ondoyer la mante,
Comme un homme blessé qui demande secours.
Croyant voir un mourant se tordre sur la roche,
A pas précipités, le voyageur s’approche
Du monstre travesti qui hurle et geint toujours.

Quand il est assez près, la main se change en griffe,
Un long rugissement suit la plainte apocryphe,
Et vingt crocs dans ses chairs enfoncent leurs poignards.
- N’as-tu pas honte, Atlas, montagne aux nobles cimes,
De voir tes grands lions, jadis si magnanimes,
Descendre maintenant à des tours de renards ?

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Commentaires

  1. Lion féru d"élégance
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    Il possède un miroir (consulté fréquemment),
    Il aime le portrait qu’il voit dans cette glace ;
    Modeste est son logis, ce n’est pas un palace,
    Mais je crois qu’il s’y trouve à l’abri des tourments.

    Il goûta de la vie le sucre et le piment,
    Le chant du rossignol et le cri du rapace ;
    Il ne voyage plus par les libres espaces,
    Il ne s’enflamme plus au nom d’un sentiment.

    Son corps est amoindri par le poids des années,
    Mais il n’est point privé d’extases spontanées,
    Il lui est arrivé d’en parler devant moi.

    De le voir si coquet parfois des gens s’étonnent,
    Il n’y voit nul motif de se mettre en émoi ;
    Serein fut son printemps, paisible est son automne.

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