Poème 'L’Égratignure' de Théophile GAUTIER dans 'Un douzain de sonnets'

L’Égratignure

Théophile GAUTIER
Recueil : "Un douzain de sonnets"

Quand vous vîntes dimanche, en déesse parée,
Avec tous vos rayons éblouir votre cour,
Chacun disait, voyant ce buste au pur contour :
« C’est Vénus de Milo d’une robe accoutrée ! »

Mais votre épaule était d’un trait rouge effleurée :
Tel le ramier blanc saigne aux serres de l’autour,
Telle rosit la neige aux premiers feux du jour ;
Le carmin s’y mêlait à la pâleur nacrée.

Quelle audace a rayé ce marbre de Paros ?
Vous en donniez la faute à l’épaulette étroite,
Mais moi j’en accusais la flêche d’or d’Éros :

Il vous visait au cœur ; la pointe maladroite
(Car le dieu tremblait fort devant tant de beauté)
N’atteignit pas le but et glissa de côté !

21 avril 1869.

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Commentaires

  1. Une égratignure PdP 13-7-13
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    J’égratigne ma chair aux épines des roses
    En marchant, tout distrait, dans mon jardin, le soir.
    Jardin à l’abandon, seule la pluie l’arrose,
    Certains endroits pourtant sont toujours beaux à voir.

    L’herbe en se flétrissant n’est pas au désespoir,
    Blonde et inanimée au sol elle repose.
    Les vitres du salon deviennent des miroirs
    Où un autre jardin d’autres fleurs se compose.

    Le ciel de ce dimanche est un beau ciel d’été,
    Un ciel pour gens heureux (et nous l’avons été
    Au moins quelques instants, échangeant des paroles) ;

    Soyons heureux ce soir, demain il fera jour,
    L’hirondelle en allée ne revient pas toujours,
    Mais soyons fous un peu, car cette vie est folle.

  2. Ange-quark
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    Les lois de l’univers point ne me désappointent,
    Car je me sens chez moi dans les astres ardents ;
    Je vois les neutrinos au lointain se perdant,
    Tandis qu’à mes pareils sagement je m’accointe.

    La lumière poursuit sa proie jamais rejointe,
    Inondant le cosmos de photons débordants ;
    Un chercheur les triture, alchimiste imprudent,
    En plein dans l’algorithme un méchant bug se pointe.

    La matière est une arme entre les mains de l’homme,
    Lui qui fut au jardin vaincu par une pomme ;
    Nous savons ce qu’il est, poussière dans le vent.

    Par ses jeux dangereux il perdit l’Atlantide,
    Dieu sait ce qu’il mijote en son esprit fétide ;
    Et cet obscur primate est fier d’être vivant !

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