Poème 'Les taureaux' de Charles-Marie LECONTE DE LISLE dans 'Poèmes barbares'

Les taureaux

Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Recueil : "Poèmes barbares"

Les plaines de la mer, immobiles et nues,
Coupent d’un long trait d’or la profondeur des nues.
Seul, un rose brouillard, attardé dans les cieux,
Se tord languissamment comme un grêle reptile
Au faîte dentelé des monts silencieux.
Un souffle lent, chargé d’une ivresse subtile,
Nage sur la savane et les versants moussus
Où les taureaux aux poils lustrés, aux cornes hautes,
À l’oeil cave et sanglant, musculeux et bossus,
Paissent l’herbe salée et rampante des côtes.
Deux nègres d’Antongil, maigres, les reins courbés,
Les coudes aux genoux, les paumes aux mâchoires,
Dans l’abêtissement d’un long rêve absorbés,
Assis sur les jarrets, fument leurs pipes noires.
Mais, sentant venir l’ombre et l’heure de l’enclos,
Le chef accoutumé de la bande farouche,
Une bave d’argent aux deux coins de la bouche,
Tend son mufle camus, et beugle sur les flots.

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Commentaires

  1. Seigneur taureau d’azur
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    De ce taureau d’azur je veux faire un tableau,
    Qui sait dire un bon mot, qui sait briser la glace,
    Qui a du sens commun, qui sait sauver la face,
    Celui que les auteurs déclarent le plus beau.

    Je veux le faire naître au bout de mon pinceau,
    Évoquer son mérite et décrire sa grâce :
    Celui qui des bestiaux tient la première place
    A droit d’être chanté par un sonnet nouveau.

    Qu’il séduise une vache ou drague une déesse,
    Il ne craindra jamais que mes vers ne le blessent,
    Il estime bien mieux ses cornes que ma lyre.

    Or, saura-t-il vraiment comment il est là peint?
    Semblable, sur ce point, au coq et au lapin,
    Ce magistral taureau n’a pas appris à lire.

  2. Joli taureau de gueules
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    Ton corps ne donne pas d’ombre triste au tableau,
    Ton âme est sans défaut, ton coeur n’est pas de glace ;
    Une vraie joie de vivre emplit ta rouge face,
    Joli Seigneur Taureau, c’est bien toi le plus beau.

    Tu te sers de ta queue ainsi que d’un pinceau,
    Les vieux signes chinois tu écris avec grâce ;
    Hiéroglyphes sacrés, que nul trait ne remplace,
    Ni ce que nous propose un alphabet nouveau.

    Or, ton nom fut jadis tracé par la déesse
    Dont les ardents désirs nullement ne te blessent,
    Qui de ton noble chef voudrait faire une lyre.

    Je recopie ce nom, ainsi le voilà peint
    Sur le mur du clapier où j’élève un lapin,
    Un modeste animal qui ne peut pas le lire.

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Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Portait de Charles-Marie LECONTE DE LISLE

Charles Marie René Leconte de Lisle, né le 22 octobre 1818 à Saint-Paul dans l’Île Bourbon et mort le 17 juillet 1894 à Voisins, était un poète français. Leconte de Lisle passa son enfance à l’île Bourbon et en Bretagne. En 1845, il se fixa à Paris. Après quelques velléités lors des événements de 1848, il renonça... [Lire la suite]

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