Poème 'Orphée' de Paul VALÉRY dans 'Album de vers anciens'

Orphée

Paul VALÉRY
Recueil : "Album de vers anciens"

… Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée
L’Admirable!… le feu, des cirques purs descend;
Il change le mont chauve en auguste trophée
D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant.

Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant;
Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres;
Une plainte inouïe appelle éblouissants
Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée!
Le roc marche, et trébuche; et chaque pierre fée
Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire!

D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor,
Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or
À l’âme immense du grand hymne sur la lyre!

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Commentaires

  1. Sagesse des lyres
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    C’est la lyre d’azur dans les mains de la fée
    Qui tresse des mots bleus lorsque le soir descend ;
    C’est la lyre d’argent aux airs retentissants
    Qui le matin te fait abandonner Morphée.

    De gueules crie la lyre aux mouvements puissants,
    L’art de la faire vivre est imité d’Orphée ;
    De sinople la lyre a la voix étouffée
    Du nain vert Obéron qui s’adresse aux passants.

    La lyre d’or évoque une époque splendide,
    Emplissant de héros la maison presque vide
    Où le barde paisible aligne quelques vers ;

    Le son des instruments est devenu moins fort,
    Le ciel nocturne au monde apporte un réconfort
    Et la lyre de sable apaise l’univers.

  2. Sanctuaire ambulant
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    Sur le grand crocodile une église est greffée,
    Où sonne un carillon lorsque le soir descend ;
    Ce tintement sacré, dans l’air retentissant,
    Fait pour quelques instants disparaître Morphée.

    L’allure est soutenue, le reptile est puissant,
    Lui qui jadis dansa sur les accents d’Orphée ;
    De son chef, Héraclès voulut faire un trophée,
    Or il sut échapper à ses coups menaçants.

    De ce temple arborant des colonnes splendides,
    Je vois que bien souvent les salles restent vides ;
    Mais quelques vagabonds y vont boire en hiver.

    Plus que tous les démons, ce crocodile est fort,
    Pour franchir un obstacle il saute sans effort ;
    Il aime, au long des jours, découvrir l’univers.

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Paul VALÉRY

Portait de Paul VALÉRY

Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry est un écrivain, poète, philosophe et épistémologue français, né à Sète (Hérault) le 30 octobre 1871 et mort à Paris le 20 juillet 1945. Né d’un père d’origine corse et d’une mère génoise, Paul Valéry entame ses études à Sète (alors orthographiée Cette) chez les... [Lire la suite]

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