Poème 'Un temple dans l’ouïe' de Rainer Maria RILKE dans 'Sonnets à Orphée'

Un temple dans l’ouïe

Rainer Maria RILKE
Recueil : "Sonnets à Orphée"

Lors s’éleva un arbre.
O pure élévation ! O c’est Orphée qui chante !
O grand arbre en l’oreille ! Et tout se tut.
Mais cependant ce tu lui-même
fut commencement neuf, signe et métamorphose.

De la claire forêt comme dissoute advinrent
hors du gîte et du nid des bêtes de silence;
et lors il s’avéra que c’était non la ruse
et non la peur qui les rendaient si silencieuses,

mais l’écoute. En leurs coeurs, rugir, hurler, bramer
parut petit. Et là où n’existait qu’à peine
une cabane, afin d’accueillir cette chose,

un pauvre abri dû au désir le plus obscur,
avec une entrée aux chambranles tout branlants,
tu leur fis naître alors des temples dans l’ouïe.

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Commentaires

  1. Arbre d’Orphée
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    Un arbre s’éleva, d’un élan rigoureux,
    En entendant ta voix, Orphée, venant de Grèce ;
    Tes doigts sur l’instrument dansaient avec adresse
    Au rythme régulier de ton chant langoureux.

    Une biche attentive, aux grands yeux amoureux,
    Oublia le grand cerf dont elle fut maîtresse ;
    Les animaux du bois furent pleins d’allégresse
    En écoutant ce son qui les rendait heureux.

    Toi qui pourrais charmer le soleil, les planètes
    Et les démons du ciel, ces lanceurs de comètes,
    Tu es de l’univers le meilleur musicien.

    Comme elle songe à toi, l’Aphrodite marine
    Qui voudrait te serrer sur sa douce poitrine
    Et qui depuis longtemps te reconnaît pour sien !

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