Poème 'Eros (IV)' de Rainer Maria RILKE dans 'Vergers'

Eros (IV)

Rainer Maria RILKE
Recueil : "Vergers"

Ce n’est pas la justice qui tient la balance précise,
c’est toi, ô Dieu à l’envie indivise,
qui pèses nos torts,
et qui de deux coeurs qu’il meurtrit et triture
fais un immense coeur plus grand que nature,
qui voudrait encor

grandir… Toi, qui indifférent et superbe,
humilies la bouche et exaltes le verbe
vers un ciel ignorant…
Toi qui mutiles les êtres en les ajoutant
à l’ultime absence dont ils sont des fragments.

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Commentaires

  1. Nef des utopistes
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    Cet équipage-là manoeuvre avec grand soin :
    Ils voudraient découvrir la Terre de Justice.
    C’est une île lointaine, ils en ont des témoins,
    Où jamais l’innocent n’est conduit au supplice.

    Ils font plaisir à voir, ces marins sans malice,
    Ils ont tant de courage, ils s’égarent si loin
    Qu’il faut bien qu’à leur sort un rêveur compatisse,
    Car, de tels matelots, on en a bien besoin.

    Ces errants font escale où le vent les dépose,
    Aux souffles éoliens, jamais ils ne s’opposent,
    Accueillant avec joie le grand soleil qui luit.

    Ainsi vogue la nef en son audace extrême,
    Vraiment, ce bel espoir ne sera pas détruit,
    Car sa sérénité se nourrit d’elle-même.

  2. Balance d’azur
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    Sage est ton jugement, balance inanimée !
    Tu dis ce qui est vrai, sans haine et sans amour,
    À la gravitation tu as été formée
    Pour annoncer les poids, la nuit comme le jour.

    Tu peux tout soupeser, sauf, bien sûr, la fumée,
    Tu renseignes la dame en ses légers atours ;
    Tu ne dépares pas nos salles de séjour,
    Même si tu t’y vois rarement réclamée.

    Balance, tu nous viens d’une divinité
    Qui jadis t’instruisit avec solennité
    Et dont l’autel sacré refuse la paresse.

    Qui soigne sa santé se tient à ton abord
    Car en toute saison ton verdict l’intéresse,
    Toi qui vins pour juger les vivants et les morts.

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