Poème 'L’amer' de ATOS

L’amer

ATOS

J’ai pris la mer,
longé vos remparts
Traversé le désert
gravi la montagne,
sillonné des vallées,
Découvert le marais,
embrassé les rivières,

Je suis en marche vers vos rives
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Il me faut survivre avant de pouvoir vivre.

Je me suis tapi dans les fossés
J’ai rampé, le dos trempé
mes lèvres coupées.
J’ai connue la faim
J’ai serré les poings.
J’ai connu le froid et les menteurs
J’ai attendu la nuit et redouté le jour.
J’ai étranglé ma peur.
J’ai parcouru la ville.
J’ai défié vos lois de gravité
et celle de votre bonté.
J’ai tendu la main,
plié les bras, et j’ai couru
J’ai fui,
cœur à terre et ventre vide
Je connais l’attente et le silence.
Et j’ai redouté l’oubli.
J’ai maudit le ciel et béni quelques hommes
Je connais l’odeur des quais
L’angoisse de la soute,
Le râle du cargo,
le coût de vos essieux
à m’en brûler le souffle
à m’en pisser dessous
à m’en tailler la peau
à m’en vomir dessus
à m’en remplir de rage

J’ai oublié mes frères pour sauter les barrières
J’ai égaré mon âme pour passer la frontière

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.

Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain
J’ai trimé, chargé, remballé,
Balayé, traîné et ravaudé.
J’ai bercé mes mains, et consolé ma fierté.
J’ai labouré et cueilli les fruits d’un été qui m’oubliait.
J’ai dévalé les terrils. suivi des sentiers,
J’ai passé mille ponts, baissé la tête, traversé vos tunnels.
Et me suis toujours fait la belle.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.

J’ai repris le trimard, couru sur le ballast.
Je me suis dissout, fondu,lové dans la brume
J’ai avalé la poussière et même vos poubelles
J’ai marché contre le vent, et j’ai parcouru les dunes.
J’ai tenté le tout pour le tout,
j’ai volé, menti, et parfois même trahi
J’ai marché coute que coute,
J’ai tenu la cadence envers et contre tout.
Je me suis réfugié dans une jungle de cartons.
Je me suis battu pour une bâche de nylon,
J’ai supporté les poux et les morpions.
Je n’ai plus de nom, moi qui n’ai plus de frères
Je n’ai que l’enfer moi qui ne reverrai jamais ma mère
Mais ils m’ont piqué comme on chope une mouche
J’ai levé les bras et suivi vos gardes en armes.
Maintenant je suis en rétention.
Derrière vos grilles je fixe l’horizon.
Rien ne m’arrêtera,
Je suis le feu de la plaine.

Je suis en marche vers vos rives,
Il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Manger, dormir et repartir sont mes épines.
Je ne fais pas le malin,
Je ne suis qu’un humain.

J’attends les serres qui me jetteront loin de vos terres.
Je sais que la cendre n’étouffera pas mes pas
lorsque je marcherai vers un village qui n’est plus qu’un cimetière.
Savez vous que là bas que je n’aura pas le choix?
Parce qu’il faut survivre avant de pouvoir vivre.
Je suis humain alors ne faites pas les malins.
La misère est un fleuve que rien ne retiendra.
Alors demain je traverserai le desert
et affronterai chaque rempart .
Parce qu’un fleuve n’est que le sang de la mer
et qu’une vague n’est jamais la dernière.

Je suis en marche vers la rive
Et j’ai le droit de vivre.

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Commentaires

  1. "Il faut survivre avant de pouvoir vivre", j'aime bien cette idée !

    Mais pourvoir avoir vraiment survécu: au lieu de "J’ai serré les poings", j'aurais dis "serrée les fesses"!! à l
    et au lieu de "
    Et au lieu de "J’ai fui les voleurs"..."il faut les affronter", pour connaitre la vrai survie !!
    Et surtout pas "Il faut survivre avant de pouvoir vivre"...jamais suivre les autres, pour vivre !

    Mais tu as employé une phrase qui t'accorde le bénéfice du doute: "Je ne fais pas le malin, je ne suis qu’un humain"

  2. Difficile d'aborder certains arguments sans tomber dans le mélodrame et la compatissance - que tu réussi habilement à éviter.

  3. Etonnant, percutant ! La nature humaine peut prendre bien des visages, dont certains sont ici extraordinairement disséqués, décortiqués. Et au milieu de ce tableau baroque, une ligne, qui à mon sens contient en elle tout l'esprit, toute l'essence de ce long texte : " J’ai marché coute que coute ". J'adore. Chapeau !

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