Poème 'L’animal' de ATOS

L’animal

ATOS

Aimez le poète pour ce qu’il est,
pas pour ce que vous en faites

Aimez sa voix avant d’aimer son chant.
Aimez ses paumes aimez sa trogne
ses jurons, ses colères, ses alcools,
ses dix formes, ses quatre raisons qu’il lance à la gueule des saisons

aimez le pour ses doutes, ses peurs, ses nuits, ses fonds,
pour l’épouvantail qu’il nourrit, pour les jardins qu’il porte à son ventre,
aimez le pour ses paupières de sable, sa mine de brouillon,
pour le noir sous ses ongles, pour le cul de ses rêves posé sur une caisse à savon, pour ses savates, pour ses poches vides, pour son impossible éducation pour son unique sourire fréquentable , pour son rire insupportable, pour l’échappée de ses typhons, pour les chevaux qu’il vous adresse, pour son front chaud, pour le goudron de ses silences, pour sa tasse vide, pour son manque, pour son besoin, pour la cadence de ses envies, pour ses poings lourds, pour la vitre qu’il brise, pour l’escalier qu’il dévale, pour la rue qu’il avale.

aimez le poète pour ce qu’il est,
pas pour ce que vous en ferez.

aimez le à tous ses temps, aimez le sale, sourd, aimez le pauvre, aimez son vouloir un peu triste, son toujours pouvoir jouir, son mourir à rebours , sa main tremblante qu’il glisse sous les jupons de vos jours, le profil qu’il découpe dans les pages de vos nuits.

aimez le pour la terre qu’il pétrie, pour la chair qu’il embrasse, pour les odeurs qu’il pourchasse.
aimez le pour ses ennemis, pour le visage qu’il vous dessine, pour sa dernière chemise sans jour, pour les trous à son chandail, aimez le pour les bois de sa marche , pour sa rage à tous les étages, pour ses hivers de charbon, pour ses étés de caille, pour sa poussière, pour la honte de son courage, pour le rouge de ses entailles, pour ses mains de carton, pour l’encre sur ses lèvres, pour la chaise renversée, pour le lit défait, pour sa chandelle, pour ses baisers de polichinelle, pour l’osier de son plancher, pour ses braises, ses feux, ses cendres sur la rocaille, son chapeau de paille, pour ses mots d’animal,pour ses phrases bancales, pour ses derniers, ses pas un seul, ses toujours ailleurs, ses pas sans toi, tous ses sans soif, ses jurons contre les miettes du pain blanc, aimez sa défroque, ses chipes, ses nippes, ses passe-muraille, et sa pagaille.

Aimez le poète pour ce qu’il est pas pour ce que vous en ferez.

aimez le pour ses crimes, pour sa haine, pour sa tendresse, pour ses départs, son exil, pour ses retours, pour ses matins de prairie, toutes ses mains ouvertes au quatre vents, pour les voiles qu’il prononce et pour les portes qu’il défonce, aimez le voir tituber, tomber, s’accrocher, marcher, courir et s’envoler.
aimez le pour tout ce qu’il est, une matière d’être et jamais une manière de penser,
aimez, acceptez son outrance, ses ombres, ses guirlandes de souffrance, sa boue, son fleuve, et ses tempêtes , la fanfare de ses amours, ses bals de minuit, ses bains de fleurs bizarres, les cris de son sommeil d’enfant, ses secrets de bazars, toutes les couleurs qu’il vous tend.
Aimez ses gestes et ses retards, sa vitesse et ses absences.
aimez qu’il vous dérange aimez qu’il vous fasse peur aimez qu’il vous manque aimez qu’il dise des mots de phalènes, de nacre, de dentelles , d’opale, d’or-paille, de papillons adolescents, rêvez à tout ce qu’il peut imaginer, aimez croire que toujours il viendra vous le porter.
Aimez ses soupirs inversés, aimez sa verticalité, sa béance, sa faim, ses horizontalités, aimez le tambour de son cœur au soupirail de son âme, aimer sa main noire sur le flambeau de son mal, aimez sa gifle portée à la joue de l’infâme, aimez la craie de son regard, le verbe de sa peau, les lèvres qu’il porte à la bouche de son vers, aimez l’ovale de son rectangle, la courbe de ses triangles, l’étoile de ses losanges, la corde qu’il lance à votre espoir, sa lime sur les barreaux du mensonge, la berceuse de ses songes, aimez sa sueur, tous ses naufrages, aimez son incroyable voyage.
Aimez cet animal, aimez comme il vous regarde et il saura toujours vous retrouver.

aimez le poète comme il est
jamais comme vous le pensez.

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