Poème 'Le volubilis' de René-François SULLY PRUDHOMME dans 'Les solitudes'

Le volubilis

René-François SULLY PRUDHOMME
Recueil : "Les solitudes"

Toi qui m’entends sans peur te parler de la mort,
Parce que ton espoir te promet qu’elle endort
Et que le court sommeil commencé dans son ombre
S’achève au clair pays des étoiles sans nombre,
Reçois mon dernier voeu pour le jour où j’irai
Tenter seul, avant toi, si ton espoir dit vrai.

Ne cultive au-dessus de mes paupières closes
Ni de grands dahlias, ni d’orgueilleuses roses,
Ni de rigides lis : ces fleurs montent trop haut.
Ce ne sont pas des fleurs si fières qu’il me faut,
Car je ne sentirais de ces raides voisines
Que le tâtonnement funèbre des racines.

Au lieu des dahlias, des roses et des lis,
Transplante près de moi le gai volubilis
Qui, familier, grimpant le long du vert treillage
Pour denteler l’azur où ton âme voyage,
Forme de ta beauté le cadre habituel
Et fait de ta fenêtre un jardin dans le ciel.

Voilà le compagnon que je veux à ma cendre :
Flexible, il saura bien jusque vers moi descendre.
Quand tu l’auras baisé, chérie, en me nommant,
Par quelque étroite fente il viendra doucement,
Messager de ton coeur, dans ma suprême couche,
Fleurir de ton espoir le néant de ma bouche.

Poème préféré des membres

ATOS a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Si gris que soit un jour, on sait qu'il finira
    Et que le lendemain sera joyeux (peut-être).
    Ceux qui n'ont aujourd'hui personne dans leurs bras
    A l'amour cette année ont chance de renaître.

    Or, tant que sous nos pieds la terre durera,
    Cultivons l'illusion que nous en sommes maîtres.
    Rêvons-en chaque soir dans la douceur des draps,
    C'est chose qu'ici-bas chacun peut se permettre.

    Si d'année en année on y croit un peu moins,
    Notre espoir diminue et ne disparaît point ;
    L'homme est un animal abreuvé d'espérance.

    Mais quand nous en serons à nos derniers instants,
    Quand adieu nous dirons à ce monde inconstant,
    Ah, quel soulagement dans cette délivrance !

Rédiger un commentaire

René-François SULLY PRUDHOMME

Portait de René-François SULLY PRUDHOMME

René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme, né à Paris le 16 mars 1839 et mort à Châtenay-Malabry le 6 septembre 1907, est un poète français, premier lauréat du Prix Nobel de littérature en 1901. Fils d’un commerçant, René Armand Prudhomme, qui souhaite devenir ingénieur, fait ses études au lycée Bonaparte,... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto