Poème 'Au fil de l’orage' de ATOS

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Au fil de l’orage

ATOS

Maude:
« On croit les orages imprévisibles.
Mais si on savait entendre ses soupirs on comprendrait. »

Elian:
« Les soupirs de qui ? »

Maude:
« De la terre. »

Elian :
« A quoi bon s’en mêler ? »

Maude:
« On comprendrait que c’est la terre qui demande à poser ses lèvres au bord du feu. »

Elian:
« Vous êtes toujours comme ça ? »

Maude:
« Toujours. »

Elian :
« Depuis longtemps ? »

Maude:
« Depuis toujours. »

Elian:
« Et ce que vous me dites, vous le voyez ? »

Maude:
« Il me suffit de fermer les yeux et je le vois. »

Elian
« C’est terrible. »

Maude:
« Pourquoi ? »

Elian :
« Voir ce que les autres ne voient pas. »

Maude:
« Non. »

Elian:
« On peut être heureux comme ça ? »

Maude:
« Non mais qui peut être heureux ? »

Elian:
« Moi. »

Maude:
« Vous êtes un imbécile. »

Elian:
« Je me sens triste. »

Maude:
« Parce que je vous dis ça ? »

Elian:
« Non, je suis triste parce que je ne vois pas ce que vous me cachez. »

Maude:
« Mais je ne vous cache rien.
Vous n’avez qu’à fermer les yeux. »

Elian:
« Je ne vous verrai plus. »

Maude:
« Ce sera mieux.
Peut-être. »

Elian:
« Vous dites toujours des choses comme ça ? »

Maude:
« Non pas toujours. »

Elian:
« Quand ? »

Maude:
« Quand ils sont là. »

Elian:
« Qui ? »

Maude:
« Ceux qui m’écoutent. »

Elian:
« Ils sont nombreux ? »

Maude:
« Ils sont morts. »

Elian:
« Et ça ne vous fait pas peur ? »

Maude:
« Non. »

Elian:
« Moi je ne sais pas. »

Maude:
« Vous ne savez pas quoi ? »

Elian:
« Si cela me ferait peur. »

Maude:
« Comment le savoir ?
Ils ne vous voient peut-être pas. »

Elian:
« Ils ne nous voient pas tous ?  »

Maude :
« Pourquoi le voudriez-vous?
Puisque tout le monde ne les voient pas. »

Elian:
« C’est étrange.
Je n’avais jamais pensé à ça. »

Maude:
« À quoi ? »

Elian:
« Au fait qu’ils sont peut-être comme nous. »

Maude:
« Ils ne le sont pas.
Nous sommes vivants,
et eux ne le sont plus. »

Elian:
« Vous… »

Maude:
« Écoutez . C’est l’orage.
Le ciel passe ses doigts dans les cheveux de la mer
Elle aime ça. »

Elian:
« Et vous ? »

Maude:
« J’aime les regarder. »

Elian:
« Ça vous suffit ? »

Maude:
« C’est l’instant que je préfère.
Ils viennent se rencontrer. »

Elian:
« Un peu comme vous et moi. »

Maude:
« Non, nous ne sommes pas comme eux.
Elle revient toujours. »

Elian:
« Vous, vous ne revenez jamais ? »

Maude:
« Non. »

Elian:
« Vous êtes ici depuis longtemps ? »

Maude:
« Oui, j’attendais l’instant. »

Elian:
« L’instant ? »

Maude:
« Le nôtre.
Celui où je vais vous dire que je vous quitte. »

Elian:
« Et vous ne reviendrez pas ? »

Maude:
« Non.
Vous croyez que depuis la plage ils nous voient ? »

Elian:
« Je ne sais pas.
Je vous vois, vous. »

Maude:
« Mais moi peut-être que je ne vous vois pas. »

Elian:
« Alors pourquoi me parlez vous ? »

Maude:
« Je parle toujours à ceux qui m’écoutent. »

Elian:
« Peut-être est-ce que je rêve alors. »

Maude:
« Peut-être.
Non, n’ouvrez pas encore les yeux.
En un éclair vous risqueriez de vous brûler les yeux »

Elian:
« Pourquoi ? »

Maude:
« Elle nous dit de nous taire. »

Elian:
« Qui ? »

Maude:
« La terre.
Il faut se taire quand le ciel coule sur ses lèvres. »

Elian:
« On peut rester dans son rêve ? »

Maude:
« Non. »

Elian:
« C’est un rêve triste. »

Maude
« C’est vous qui vouliez être heureux. »

Elian:
« Je croyais que c’était mieux. »

Maude:
« C’est toujours mieux en rêve. »

Elian:
« Vous avez peut-être raison.
Me direz-vous quand ouvrir les yeux ? »

Maude:
« Non. »

Elian:
« Comment sortir de ce rêve ? »

Maude:
« Quand le ciel aurait quitter la mer. »

Elian:
« C’est triste comme fin. »

Maude:
« Pas pour eux.
Ils ne sont pas venus pour être heureux. »

Elian:
« Je voudrais vous revoir, après,
vous revoir encore. »

Maude:
« C’est impossible.
Je suis comme vous. Je veux être heureuse. »

Elian:
« Alors, adieu ? »

Maude:
« On ne dit pas adieu quand on veut tout revoir. »

Elian:
« On fait comment ?  »

Maude:
« On se tait. Et puis on attend l’instant. »

Elian:
« L’instant où nous allons nous rencontrer ? »

Maude:
« C’est imprévisible. »

Elian:
« La pluie a cessé. »

Maude:
« Je sais que vous me comprenez. »

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