Poème 'Ballade' de Marie KRYSINSKA dans 'Rythmes pittoresques'

Ballade

Marie KRYSINSKA
Recueil : "Rythmes pittoresques"

A Georges Bellenger.

I

Dans le parfum des violettes, des roses, et des acacias – ils se sont un matin rencontrés.
Auprès de son corsage entr-ouvert, dormaient des roses moins douces que sa gorge – et ses yeux qui semblaient deux noires violettes embaumaient comme le printemps.
Le soleil poudrait d’or ses cheveux blonds; -
Lui, regardait ses yeux qui semblaient deux noires violettes.
Rapides sont les heures d’amour.
Un soir, sous les étoiles, elle lui dit: – Je suis à toi pour jamais.
Et les étoiles les ont fiancés; – les étoiles moqueuses et froides.
Dans le parfum des violettes, des roses et des acacias.
Rapides sont les heures d’amour.
Un jour il est parti, comme les petites fleurs d’acacias neigeaient -
Mettant sur le gazon désolé, de grandes taches blanches pareilles à des linceuls
Où le papillon venait agoniser.

II

Est-il donc des parfums qui tuent?
Une fois seulement il respira la fleur ténébreuse de ses cheveux.
Une fois seulement,
Et il oublia l’enfant blonde qu’il avait un matin rencontrée,
Dans le parfum des violettes, des roses et des acacias.
O les nuits irréelles, les merveilleuses nuits!
Les caresses mortellement enivrantes,
Les baisers qui ont le goût du Rêve.
Et les alanguissements plus doux que la volupté.
O les nuits irréelles, les merveilleuses nuits!
Un musc atténué hantait son alcôve.
Est-il donc des parfums qui tuent?
Elle disait: – Je n’aimerai que toi – la traîtresse.
Et son corps inoubliable avait des mouvements de bel animal dompté.
De bel et dangereux animal – dompté.
Un jour il trouva des lèvres muettes et boudeuses. O mais toujours ayant ce même goût du Rêve – mortellement enivrant.
Des lèvres cruelles et muettes comme les roses
parfumées, qui attirent et ne rendent pas les baisers.
C’est en vain qu’il pleura plus qu’au jour où sa mère dans le tombeau s’était couchée.
Les yeux de la bien-aimée avaient des regards plus froids que les marbres des mausolées.
Et ses lèvres, ses lèvres si chères, restaient muettes comme les roses.
Est-il donc des parfums qui tuent?
Le bel et dangereux animal qu’il croyait dompté, avait en jouant mangé son cœur.
Alors, il maudit l’azur du ciel et les étoiles scintillantes.
Il maudit l’immuable clarté de la lune, le chant des oiseaux.
Et le feuillage qui chuchote mystérieusement et perfidement quand approche la nuit apaisante.

III

Mais, le cœur de l’homme est oublieux et infidèle.
Et, maudire est bien triste alors que renaît la saison des jeunes calices,
Et des brises tendres comme des baisers.
Il se souvint de l’enfant blonde qui lui avait dit un soir sous les étoiles – Je suis à toi pour jamais.
Et il revint.
Mais elle était allée dormir au cimetière,
Dans le parfum des violettes, des roses et des acacias.

25 novembre 1882

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Marie KRYSINSKA

Portait de Marie KRYSINSKA

Marie Anastasie Vincentine Krysinska, née à Varsovie le 22 janvier 1845 et morte à Paris le 16 octobre 1908, est une poétesse française. Fille d’un avocat de Varsovie, Marie Krysinska de Lévila vient à Paris étudier au Conservatoire de musique, études qu’elle abandonne bientôt pour s’adonner à la littérature.... [Lire la suite]

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