Corps perdu
Moi qui Krakatoa
moi qui tout mieux que mousson
moi qui poitrine ouverte
moi qui laïlape
moi qui bêle mieux que cloaque
moi qui hors de gamme
moi qui Zambèze ou frénétique ou rhombe ou cannibale
je voudrais être de plus en plus humble et plus bas
toujours plus grave sans vertige ni vestige
jusqu’à me perdre tomber
dans la vivante semoule d’une terre bien ouverte.
Dehors une belle brume au lieu d’atmosphère serait point sale
chaque goutte d’eau y faisant un soleil
dont le nom le même pour toutes choses
serait RENCONTRE BIEN TOTALE
si bien que l’on ne saurait plus qui passe
ou d’une étoile ou d’un espoir
ou d’un pétale de l’arbre flamboyant
ou d’une retraite sous-marine
courue par les flambeaux des méduses-aurélies
Alors la vie j’imagine me baignerait tout entier
mieux je la sentirais qui me palpe ou me mord
couché je verrai venir à moi les odeurs enfin libres
comme des mains secourables
qui se feraient passage en moi
pour y balancer de longs cheveux
plus longs que ce passé que je ne peux atteindre.
Choses écartez-vous faites place entre vous
place à mon repos qui porte en vague
ma terrible crête de racines ancreuses
qui cherchent où se prendre
Chose je sonde je sonde
moi le portefaix je suis porte-racines
et je pèse et je force et j’arcane
j’omphale
Ah qui vers les harpons me ramène
je suis très faible
je siffle oui je siffle des choses très anciennes
de serpents de choses caverneuses
Je or vent paix-là
et contre mon museau instable et frais
pose contre ma face érodée
ta froide face de rire défait.
Le vent hélas je l’entendrai encore
nègre nègre nègre depuis le fond
du ciel immémorial
un peu moins fort qu’aujourd’hui
mais trop fort cependant
et ce fou hurlement de chiens et de chevaux
qu’il pousse à notre poursuite toujours marronne
mais à mon tour dans l’air
je me lèverai un cri et si violent
que tout entier j’éclabousserai le ciel
et par mes branches déchiquetées
et par le jet insolent de mon fût blessé et solennel
je commanderai aux îles d’exister
Poème préféré des membres
Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.
Commentaires
Rédiger un commentaire
Aimé CÉSAIRE
Aimé Fernand David Césaire, est un poète et homme politique français de Martinique, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France. Il est l’un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude et un anticolonialiste résolu. Aimé Césaire faisait partie, d’une famille de sept... [Lire la suite]




Moi qui peux tout dans mon rêve,
Longtemps avant le jour,
Aimé Césaire apparaît devant moi
Pour m'aider à créer des mondes, au milieu de la nuit.
Mon énergie sur l'univers s'écoule à flots vengeurs,
Mon esprit assoupi roule comme une boule de foudre éclatante
Qui va dans l'ombre noire et s'y enfonce.
* * *
Mon coeur se change en univers
Dont ce poème est le germe,
Il est le haut sommet, la base insondable
Qu'annoncent les siècles obscurs.
Mais l'esprit, en chemin, soudain s'égare...
* * *
Il devient un enfant qui dort sous les arbres.
Puis il fut un silence et une ombre,
Le songe, l'insomnie,
Et l'esprit vif, pensif, cette chose furtive.
Puis il fut englouti dans son propre tourbillon
Aveugle, immuable et sans forme.
* * *
Il voit les cieux ouverts,
Il dit : S'il nous tombait un orage,
Ou si le monde était noirci sous les tempêtes,
Que ferions-nous ici ? Mais le jour s'allume,
Illuminant la fin de cette humble genèse.