Poème 'Hosanna mélancolique' de Armand SILVESTRE dans 'Le Pays Des Roses'

Hosanna mélancolique

Armand SILVESTRE
Recueil : "Le Pays Des Roses"

I

J’adore ta Beauté, pour ce qu’elle est pareille
A mon Rêve immortel et me parle des cieux,
Comme un hymne lointain qui chante à mon oreille.

Elle évoque les jours longs et délicieux
Que j’ai vécus, sans doute, en attendant la vie,
Dans quelque monde obscur où mon cœur soucieux

Cherche éternellement l’illusion ravie.
C’est ce lent souvenir par toi ressuscité
Qui t’a soumis mon âme à jamais asservie

J’ai, sur des fronts divins, déjà vu la fierté
Qui fait, devant ton front, s’humilier mon être
Et tout mon sang bondir vers mon cœur arrêté.

La grâce de ton pas m’a fait te reconnaître.
Des coupes autrefois m’ont versé le poison
Dont ton regard cruel m’enivre et me pénètre.

Des coupes dont l’or clair, pareil à l’horizon,
S’empourprait, jusqu’au bord, du sang vermeil des nues
Et dont la vapeur chaude emportait la raison ;

Des coupes qu’à ma main tendaient des vierges nues
Dont les cheveux flottants jetaient dans l’air du soir
Des odeurs qui des tiens vers moi sont revenues,

Comme un souffle qui meurt aux trous d’un encensoir.
— Sous des arbres plus hauts que les pins et les chênes,
Tes immortelles sœurs jadis allaient s’asseoir,

Et ce sont leurs doigts blancs qui m’ont forgé mes chaînes,
Pour le monde vieilli que devait rajeunir
L’épanouissement de tes grâces prochaines.

J’adore ta Beauté pour ce grand souvenir.

II

J’adore ta Beauté pour ce qu’elle illumine
Les airs, comme une aurore, et rayonne au soleil,
Ainsi qu’au cœur d’un lys l’or clair d’une étamine.

L’astre sacré qui monte à l’orient vermeil
Et disperse le jour aux choses prosternées
Seul, sur ses pas de feu, verse un éclat pareil.

Sur mon front où les fleurs du Rêve sont fanées,
Comme un reflet des cieux il demeure allumé,
Seul vainqueur et vivant sous le vol des années.

Sur le déclin des jours l’horizon s’est fermé ;
La Mort sur mes espoirs a replié son aile ;
Dans des néants d’amour mon cœur s’est abîmé,

Sans l’éteindre jamais, cette flamme éternelle
Dont ta beauté profonde éclaire mon chemin.
Mon guide vers les fins suprêmes est en elle !

Voilà pourquoi mon sort est resté dans ta main,
Douloureux et flottant au vent de tes pensées,
Livrant à ta pitié l’espoir du lendemain.

Voilà pourquoi sur moi les heures sont passées,
Creusant ta chère image au profond de mon cœur,
Comme des gouttes d’eau sur les roches blessées.

Des autres visions l’ombre a repris le chœur ;
Les étoiles ainsi meurent dans l’étendue
Sitôt que l’horizon s’ouvre au soleil vainqueur.

La lumière, avec Toi, sur mon front descendue
L’a rempli comme l’aube emplit le firmament,
Vers les lointains obscurs chassant l’ombre éperdue !

J’adore ta Beauté pour son rayonnement !

III

J’adore la Beauté pour ce qu’elle me tue,
Terrassé que je suis sous son charme mortel,
Pygmalion qui meurt au pied de sa statue,

Prêtre dont le sang coule aux marches de l’autel !
Ni le Rêve cruel d’où jaillit Galathée,
Ni le Dieu des martyrs n’eurent un pouvoir tel

Que celui dont languit mon âme épouvantée.
J’aime et je hais le joug qui déchire mon front,
La flèche douloureuse en mon flanc arrêtée,

La souffrance où mes jours lassés s’épuiseront,
Comme un lac se tarit sous le soleil farouche ;
J’aime jusqu’aux mépris dont je subis l’affront

Et qui me sont orgueil, me venant de ta bouche !
De Toi tout m’est sacré : car la fleur des antans,
Que ton pied la meurtrisse où que ta main la touche,

Penche sur mon cœur mort ses rameaux éclatants !
Par toi s’est consumé le meilleur de ma vie,
L’ardeur de mes étés, l’espoir de mes printemps

Je ne regrette pas la jeunesse ravie
Par l’inutile amour qui m’attache à tes pas.
Ce destin me suffit de l’avoir bien servie.

A l’ange qui demeure aux portes du trépas
Je dirai : que veux-tu ? Mon âme est envolée !
Pour de meilleurs destins ne la rappelle pas !

Vers celle que j’aimais elle s’en est allée,
Brûlant comme un encens, éprise de souffrir
Errante sous le ciel comme une inconsolée !

J’adore ta Beauté pour en vouloir mourir !

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Commentaires

  1. Deux ambilics
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    Si leurs corps sont égaux, leurs âmes sont pareilles ;
    Ambilics dont la voix, dans la blancheur des cieux,
    Chante un hymne latin qui charme mon oreille,
    Faisant revivre en moi des souvenirs bien vieux.

    Songe éternellement, ma pauvre âme ravie,
    À ce temps des amours, jamais ressuscité,
    L'époque où tu semblais heureuse, et asservie,
    Où tu disais adieu à toute liberté.

    En rêve, quelquefois, je puis te reconnaître,
    Et le goût ravisseur de l'aimable poison
    Dont le doux souvenir m’enivre et me pénètre,
    En ces jours où grandit la mort, à l’horizon,

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