Poème 'Jachère' de ATOS

Jachère

ATOS

Jachère

Une ivresse passagère entretenait en ma chair
une plante amère à la paresse mensongère.

Je n’avais pas pris garde à cette étrange affaire.
En mon pré, j’effeuillais, bêtement,
d’enivrantes sauvages et d’indolents primes vers.

Chaque jour, je respirais l’air qui si doucement me venait.

Je ne voyais pas le mal de cette plante qui,
de ma terre prenait sa sève
et ôtait peu à peu de mon âme
l’espoir de nouveaux blés.

Cette plante, en moi, m’étouffait.

Je devais briser cette liane que je nourrissais.

Ce végétal avait plongé au fond de moi toutes ses racines et cloué en mon coeur de multiples épines.

Arracher cette ronce de mes chairs
fut un endurant et cruel supplice.
Mais je devais à ma terre rendre tout ce qu’elle avait,
jusqu’à la naissance de ce germe misérable,
su, naturellement , me porter.

Et de toute sa douleur, enfin, je me libérais.

L’air me brûlait.

A l’été, je n’avais pu me livrer et l’automne se mourrait.
Déjà l’hiver se présentait au visage de ce charnier.

J’avais grand âge et les deux mains lacérées.
D’aucun aurait pu appeler cela un désastre tant est pitoyable un tronc écorché et à demi brisé planté dans une terre qui n’a plus rien à lui donner.

La terre, elle même, manquait.
L’arbre, dans l’écorce, reposait.

Je ne sais si c’est la force de l’orage , ou le rire de cet enfant qui, dans l’air, galopait, mais il me revint le bonheur de m’éveiller.

En mon pré, m’entouraient la promesse des blés, et dans mes mains je voyais, les pétales d’un cœur lentement se déployer.

Le corps de cette liane avait rendu à la terre toute sa force qui m’avait manqué.

Un nouveau printemps commençait.

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