Poème 'La naissance de Pantagruel' de Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

La naissance de Pantagruel

Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

Le jour que je naquis on vit pleuvoir du sel ;
Le soleil, en faisant son tour universel,
De la soif qu’il souffrit but quasi toute l’onde,
Et pensa d’un seul trait avaler tout le monde.
De là sont provenus tant d’abîmes sans eaux,
De là sont dérivés tant de rouges museaux,
Qui d’un gosier ardent, que rien ne désaltère,
S’occupent sans relâche au bacchique mystère ;
L’air, beaucoup plus en feu qu’au temps de Phaëton,
En cracha sur sa barbe aussi blanc que coton,
Et la nuit de devant on vit avec merveille
Briller une comète en forme de bouteille,
Pour présage certain, non de mortalité,
Comme les autres sont, mais de pleine santé :
J’entends de ces santés que l’on fait à la table,
Et par qui l’homme est dit animal raisonnable.
Ce beau mignon Troyen, ce sommelier des dieux,
Avec la jeune Hébé, versant à qui mieux mieux,
Se lassèrent les bras à leur emplir la coupe,
Et Jupiter en fut ivre comme une soupe.
Le grand mâtin céleste en devint enragé,
Le sucre de Madère en poivre fut changé,
Les gigots de mouton en jambons de Mayence ;
La terre eut le hoquet : elle en cria vengeance,
Et la nature même, en ardeur s’exaltant
Se vit prête à mourir de la mort de Roland ;
Si bien qu’à mon exemple, ainsi que dit l’histoire,
Partout à gueule ouverte on demandait à boire,
A BOIRE ! A BOIRE !

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. De nativitate magistri (Pays de Poésie, 6-12-13)
    ----------------------------

    Cochonfucius naquit, on vit pleuvoir du sel.
    Spinoza dit : Voici un homme universel.
    Alors que les poissons applaudissaient dans l’onde,
    On entendit chanter tous les pluvians du monde.
    La chouette en plein délire a dansé sur les eaux,
    Et l’on fit pavoiser les rues de Palaiseau.

    Si tu vas à Cluny, que tu te désaltères,
    Daniel t’expliquera ce grandiose mystère.
    Il te récitera le Dit des Hannetons,
    Et le repos du Maître aux bras de Margoton,
    Et de ce soir natal la plus grande merveille,
    Qu’il vint une comète en forme de bouteille.

    À cette narration, pas de moralité,
    Mais vous aurez à boire un coup à ma santé.
    Allez jusqu’à Cluny, choisissez une table,
    Vous y verrez plus d’un animal raisonnable.
    Prenez garde à ceux qui seraient trop sentencieux,
    Le silence en buvant vous profitera mieux.

    Allons, vidons encore un grand nombre de coupes,
    Amusons-nous aussi à cracher dans la soupe,
    Nous allons délirer comme des enragés,
    Et chanter quelques airs dont le texte est changé.
    Pour se foutre du monde on a de la vaillance,
    Et notre idiotie peut mimer l’intelligence.

    Un érudit survint, ces rimes commentant.
    Cochonfucius m’a l’air moins noble que Roland,
    Neveu de Charlemagne. Et pourtant, son histoire
    Agrémente le temps que nous passons à boire.

Rédiger un commentaire

© 2018 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS