Poème 'Le palais de la volupté' de Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

Le palais de la volupté

Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

Ici la même symétrie
A mis toute son industrie
Pour faire en ce bois écarté
Le Palais de la Volupté.
Jamais le vague Dieu de l’Onde,
Ni celui des clartés du monde
N’entreprirent rien de plus beau
Quand, sans trident et sans flambeau,
D’une volonté mutuelle
Ils mirent en main la truelle
Et sous des habits de maçons,
Employèrent en cent façons
Tous les beaux traits que la Nature
Admire dans l’architecture
Pour loger ce prince troyen
Qui depuis les paya de rien.

Arrière ces masses énormes
Où s’entre-confondent les formes,
Où l’ordre n’est point observé,
Où l’on ne voit rien d’achevé :
Il n’en est point ici de même,
Tout y suit la raison suprême
Et le dessein en chaque part
S’y rapporte aux règles de l’art.

L’invention en est nouvelle,
Et ne vient que d’une cervelle
Qui fait tout avec tant de poids
Et prend de tout si bien le choix
Qu’elle met en claire évidence
Que sa grandeur et sa prudence
Sont aussi dignes sans mentir
De régner comme de bâtir.

Cet esprit que ma muse adore
Qui de son amitié m’honore
Et que j’estime comme un dieu,
A fait ce Palais en ce lieu
Où fréquente la solitude
Tant pour la chasse et pour l’étude
Que pour tous les autres plaisirs
Qui s’accordent à ses désirs.

La salle grande et somptueuse
Autant qu’elle est majestueuse
Se dédie au roi des forêts,
Au bon Pan qui dans un marets
Vit sa maîtresse en vain aimée
En frêles roseaux transformée ;
De quoi, pour chanter son tourment,
Il fit à l’heure un instrument
Qui ne dit mot quand on le touche
Si l’on ne le porte à la bouche,
Essayant ainsi d’apaiser
Son ardeur par quelque baiser.

Là-dedans encore on révère
Diane au front doux et sévère
Non pas pour cette chasteté
Dont son humeur fait vanité ;
Quoi qu’avec Hippolyte on croie
Qu’elle s’en donnait au coeur joie,
Mais parce qu’elle aime d’amour
A chasser en ce beau séjour.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

Portait de Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT

Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, né à Grand-Quevilly le 30 septembre 1594 et mort à Paris le 29 décembre 1661, est un poète libertin français. Fils d’un officier de marine, issu d’une famille de marchands protestants, Saint Amant, qui commanda pendant vingt-deux ans une escadre anglaise, n’apprit pas les langues... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto