Poème 'L’Athlète' de Louis MÉNARD dans 'Rêveries d’un païen mystique'

L’Athlète

Louis MÉNARD
Recueil : "Rêveries d’un païen mystique"

Je suis initié, je connais le mystère
De la vie : une arène où l’immortalité
Est le prix de la lutte, et je m’y suis jeté
Librement, voulant naître et vivre sur la terre.

Les héros demi-dieux ont souffert et lutté
Pour conquérir au ciel leur place héréditaire :
Que la lutte virile et la douleur austère
Trempent comme l’airain ma libre volonté.

Suivons sans peur le cours de nos metempsycoses,
Et de l’ascension montons le dur chemin,
Sous les yeux de nos morts qui nous tendent la main.

Ils recevront, du haut de leurs apothéoses,
Dans l’olympe étoilé conquis par leur vertu,
L’âme qui combattra comme ils ont combattu.

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Commentaires

  1. Leconte de Lisle :

    Ô mon Seigneur Christus ! hors du monde charnel
    Vous m'avez envoyé vers les neuf maisons noires :
    Je me suis enfoncé dans les antres de Hel.

    Dans la nuit sans aurore où grincent les mâchoires,
    Quand j'y songe, la peur aux entrailles me mord !
    J'ai vu l'éternité des maux expiatoires.

    Me voici revenu, tout blême, comme un mort.
    Seigneur Dieu, prenez-moi, par grâce, en votre garde.
    Et si je fais le mal, donnez-m'en le remord.

    Le prince des Brasiers est là qui me regarde,
    Vêtu de flamme bleue et rouge. Il est assis
    Dans le palais infect qui suinte et se lézarde.

    Il siège en la grand'salle aux murs visqueux, noircis,
    Où filtre goutte à goutte une bave qui fume,
    Et d'où tombent des noeuds de reptiles moisis.

    Au-dessus du Malin, sur qui pleut cette écume,
    Tournoie, avec un haut vacarme, un Dragon roux
    Qui bat de l'envergure au travers de la brume.

    En bas, gît le marais des Lâches, des Jaloux,
    Des Hypocrites vils, des Fourbes, des Parjures.
    Ils grouillent dans la boue et creusent des remous,

    Ils geignent, bossués de pustules impures.
    Serait-ce là, Seigneur, leur expiation,
    D'être un vomissement en ce lieu de souillures ?

    Sur des quartiers de roc toujours en fusion,
    Muets, sont accoudés les sept Convives mornes,
    Les sept Diables royaux du vieux Septentrion.

    Ainsi que les héros buvaient à pleines cornes
    L'hydromel prodigué pour le festin guerrier,
    Quand les Skaldes chantaient sur la harpe des Nornes ;

    Les sept Démons qu'enfin vous vîntes châtier,
    En des cruches de plomb qui corrodent leurs bouches,
    Puisent des pleurs bouillants au fond d'un noir cuvier.

    Auprès, les bras roidis, les yeux caves et louches,
    Broyant d'épais cailloux sous des meules d'airain,
    Tournent en haletant les trois Vierges farouches.

    Leur coeur pend au dehors et saigne de chagrin,
    Tant leurs labeurs sont durs et leurs peines ingrates
    Car nul ne peut manger la farine du grain.

    Autour d'elles, pourtant, courent à quatre pattes
    Les Avares, aux reins de maigreur écorchés,
    Tels que des loups tirant des langues écarlates.

    Puis, sur des lits de pourpre ardente, sont couchés,
    Non plus ivres enfin de leurs voluptés vaines,
    Les Languissants, au joug de la chair attachés.

    Leurs fronts sont couronnés de flambantes verveines ;
    Mais tandis que leur couche échauffe et cuit leurs flancs,
    L'amer et froid dégoût coagule leurs veines.

    Voici ceux qui tuaient jadis, les Violents,
    Les Féroces, blottis au creux de quelque gorge,
    Qui, la nuit, guettaient l'homme et se ruaient hurlants.

    Maintenant, l'un s'endort ; l'autre en sursaut l'égorge.
    Le misérable râle, et le sang, par jets prompts,
    Sort, comme du tonneau le jus mousseux de l'orge.

    Et ceux qui, sur l'autel où nous vous adorons,
    Ont déchiré la nappe et bu dans vos calices
    Et sur vos serviteurs fait pleuvoir les affronts

    Qui nous ont enterrés, vivants, dans nos cilices,
    Qui de la sainte étole ont serré notre cou,
    Pour ceux-là le Malin épuise les supplices.

    Enfin, je vois le Peuple antique, aveugle et fou,
    La race qui vécut avant votre lumière,
    Seigneur ! et qui marchait, hélas ! sans savoir où.

    Tels qu'un long tourbillon de vivante poussière
    Le même vent d'erreur les remue au hasard,
    Et le soleil du Diable éblouit leur paupière.

    Or, vous nous avez fait, certes, la bonne part,
    A nous qui gémissons sur cette terre inique ;
    Mais pour les anciens morts vous êtes venu tard !

    Donc, chacun porte au front une lettre Runique
    Qui change sa cervelle en un charbon fumant,
    Car il n'a point connu la loi du Fils unique !

    Ainsi, gêne sur gêne et tourment sur tourment,
    Carcans de braise, habits de feu, fourches de flammes,
    Tout cela, tout cela dure éternellement.

    Dans les antres de Hel, dans les cercles infâmes,
    Voilà ce que j'ai vu par votre volonté,
    Ô sanglant Rédempteur de nos mauvaises âmes !

    Souvenez-vous de Snorr dans votre éternité !

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Louis MÉNARD

Portait de Louis MÉNARD

Louis-Nicolas Ménard, né à Paris le 19 octobre 1822 et mort à Paris le 9 février 1901, est un écrivain et poète français. Condisciple de Baudelaire au lycée Louis-le-Grand, il entra ensuite à l’École normale. Peu après avoir publié en 1843 un ouvrage intitulé « Prométhée délivré » sous le... [Lire la suite]

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