Poème 'Le cadre de l’atelier' de ATOS

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Le cadre de l’atelier

ATOS

J’aimais le regarder peindre -Il était là- et le retrouvais comme je l’avais imaginé .
Il s’apprêtait à peindre dans la tenue de ce calme qu’il revêtait.

Je devinais l’instant où ses mains allaient bientôt se prolonger en quelques touches courbes et tourmentées.
Les pinceaux devraient alors mener aux couleurs leur portée.
Il était beau de le voir ainsi se donner, si précis dans la retenue de son geste.

C’était les bruits surtout que j’aimais. Des bruits familiers qui semblaient suivre l’impatience soudaine de leur maître. Ils l’accompagnaient.

Le cadre blanc de cette fenêtre. Non pas la lumière qui la traversait . Mais ce cadre qui contenait tout un monde qui était, en ce lieu exposé.

La lumière était tout entière à l’atelier. Elle lui appartenait.

Le bruit de ses pas. Secs, imparables et inconstants. Le bruit de son pas bruissait.
Une main brune glissait sur la joue grise d’un homme. Je l’entendais et ainsi regardais.
Entendre ce pas était presque toucher ce qui s’approchait.
Je connaissais le chemin devant lequel il se présentait.

J’allais le voir peindre, j’avais, alors, ce qui me restait de mon temps.
je déposais mon sac sur un banc posé dans l’entrée et, dans l’atelier, je pénétrais.
On pouvait peut être y trouver quelque silence. C’était peut être ça que les heures semblaient épier, ces heures en bas de laine qui, au dehors, s’ennuyaient.
Nous ignorions le silence. Ce que nous partagions nous suffisait.

L’odeur. Les odeurs.
Puissantes, chaudes, lourdes et graves comme les gestes qu’il portait.
On se regardait. Parfois. On se parlait. On se parlait comme il convient de boire entre amis, en bonne, simple et certaine compagnie.
Nous songions, en nos regards, ce à quoi nous allions, plus encore, devoir travailler. C’est vers ce sommet que nous aimions nous penser.
Je lisais lorsqu’il peignait. Écrire, devant lui, je ne l’ai jamais fait. Il savait qu’ici j’apprenais.
Me donner refuge ainsi dans son atelier était pour lui sa seule manière de me dire qu’il m’acceptait .
Je savais ses nuits. Elles s’écrivaient dans la pâleur de ses traits. Je savais sa traversée et dans ses paumes voyais souvent l’empreinte de ce cœur qu’il avait à travers certaines heures, si seul, affronté.
Sa main tremblait sur le bistre du jour comme le faisait ma pensée lorsque mes mots m’échappaient. C’était sans doute ça qui nous rapprochait.
Nous nous livrions chacun à nous mêmes, dans l’enfer de nos êtres, et déposions l’un près de l’autre la tendresse de nos regards, sur lequel se détachait le gage impossible de nos retours.

J’aimais le regarder peindre. Il savait la route que j’empruntais pour me rendre là où je me devais. Je le taisais. Il comprenait.
Tout ce qui s’établissait en ces heures apparaissait dans l’éclat puissant de nous même.

A aucun moment nous n’aurions considéré quelque choix.
Nous étions de la même chair.
De cette chair qui expire à se sentir si seule contre soi et ne respire qu’à se vouloir délivrer de soi.
La traverse des choses était notre route.
C’était ce rythme qui donnait à notre souffle la force d’emplir ce vide qui se tourmentait si souvent en nous.
Je venais et le voyais à toute heure travailler.
Depuis, il n’est pas une seule fois, lorsque que ma plume s’apprête à donner aux mots quelque portée, où je ne songe à ses couleurs qu’il avait su conjuguer à travers cette lumière qui nous rendait, l’un à l’autre, si justement familiers.
J’aimais le regarder peindre toute l’intelligence de ce qu’il voyait.

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