Poème 'Le vin du solitaire' de Charles BAUDELAIRE dans 'Les Fleurs du Mal'

Le vin du solitaire

Charles BAUDELAIRE
Recueil : "Les Fleurs du Mal"

Le regard singulier d’une femme galante
Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;

Le dernier sac d’écus dans les doigts d’un joueur ;
Un baiser libertin de la maigre Adeline ;
Les sons d’une musique énervante et câline,
Semblable au cri lointain de l’humaine douleur,

Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au coeur altéré du poète pieux ;

Tu lui verses l’espoir, la jeunesse et la vie,
- Et l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux !

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Commentaires

  1. Partager l'air du temps, est-il dans l'univers
    Un plus charmant plaisir (sinon dans les bouteilles) ?
    Bergère dont l'aspect de loin nous émerveille
    Ne saurait qu'ajouter à la douceur de l'air.

    Souvent, pour résister aux rigueurs de l'hiver,
    Aile contre aile, au nid, se pressent les abeilles ;
    Les oiseaux du jardin, de même, sous la treille,
    Ensemble sont blottis, face au grand froid pervers.

    La douceur est ainsi obtenue, aux étables,
    Aux sous-bois, aux jardins, alentour d'une table,
    Quant vibre au coin du feu l'air du grillon chanteur.

    Bergère et son berger partagent du vin sombre :
    Ici, pas plus d'écart qu'entre un corps et son ombre,
    Et les jours ont pour eux d'identiques senteurs.

  2. Amphore de Dionysos
    --------------

    Le dieu, qui peut bénir la vigne que tu plantes,
    Verse dans une amphore un honnête vin blanc ;
    C’est ce que j’ai cru voir dans un rêve troublant,
    Au lit que partageait ma muse nonchalante.

    Était-ce, dis-moi, l’un de ces songes qui mentent ?
    Je pose la question dans mon coeur indolent.
    Même si cette amphore était un faux-semblant,
    Je remercie Bacchus pour l’image charmante.

    Ce vin, qui fermenta dans la cuve profonde,
    Rend mon esprit fertile et ma plume féconde ;
    Je remplis bien mon verre, et tout va pour le mieux.

  3. Amphore de Dionysos ======= suite et fin
    --------------

    En l’honneur de la soif qui veut être assouvie,
    En l’honneur du loisir, en l’honneur de la vie,
    Taisons-nous et buvons, c’est le plaisir des dieux.

  4. Le vin du solitaire.

    C'est un poème magnifique ; je n'avais jamais lu un texte de Baudelaire, comme je n'ai jamais étudié la littérature.
    Et même s'il y a quelques phrases que je n'ai pas encore assimilées, je peux y couler [s'écouler] dedans.

    Moi aussi en ces temps si éprouvants, j'aurais grand besoin d'un nuage pour me reposer.

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