Poème 'Le flambeau vivant' de Charles BAUDELAIRE dans 'Les Fleurs du Mal'

Le flambeau vivant

Charles BAUDELAIRE
Recueil : "Les Fleurs du Mal"

Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu’un Ange très savant a sans doute aimantés ;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.

Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.

Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu’ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil
Rougit, mais n’éteint pas leur flamme fantastique ;

Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul Soleil ne peut flétrir la flamme !

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Commentaires

  1. Ours de sable
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    Il marche dans le soir, et capte la lumière,
    Tournant vers l’horizon son regard aimanté ;
    Sa demeure sur terre est un manoir hanté
    Dont les vastes couloirs se couvrent de poussière.

    Il mange son dîner dans de vieilles soupières,
    Des navets succulents que lui-même a plantés,
    Des assaisonnements qu’il a su inventer,
    Il mange son dîner sur la table de pierre.

    Puis il sort de chez lui, dans la clarté mystique
    Envahissant, le soir, son jardin fantastique,
    Quand se refroidit l’air, quand rougit le soleil.

    Près d’une cheminée où ne vit nulle flamme,
    Il trouve le repos de la chair et de l’âme,
    Toujours aussi serein, quand survient le réveil.

  2. Antigriffon
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    Voici l’antigriffon, l’éteigneur de flambeaux,
    Le rôdeur souterrain, le mangeur de cannelle ;
    On dirait qu’il invente une danse nouvelle,
    Lui dont un inframonde abrita le berceau.

    Il aime contempler l’intérieur des tombeaux
    Car il trouve du charme aux dépouilles mortelles ;
    Puis, il connaît la Mort, sa compagne éternelle,
    Aussi bien, semble-t-il, que son frère corbeau.

    En inframonde il vit sa paisible vieillesse,
    Ce fut également le lieu de sa jeunesse,
    Un monde très obscur et plutôt rigoureux.

    Il boit les eaux du Styx, il se nourrit de cendres,
    En a-t-il du plaisir ? Il n’est pas malheureux :
    À devenir griffon, pourrait-il condescendre ?

  3. Serviteurs de celui qui doute
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    Nous portons cet écu dans la vive lumière,
    Celui qu’au temps jadis des bardes ont chanté ;
    Merci à l’héraldiste ayant su l’inventer,
    À qui l’ancêtre offrit une pinte de bière.

    L’âme de ce seigneur est impavide et fière,
    Dans laquelle sont doute et sagesse implantés ;
    Par Eve ou par Lilith il ne fut point tenté,
    Lui qui toujours se sut un être de poussière.

    Tu ne peux l’abuser par un discours mystique,
    Car les mythes pour lui n’ont rien de fantastique,
    Eux qui sont comme un rêve en notre humain sommeil.

    Il ne craint pas non plus la corde ni la flamme,
    Il vit dans le silence et dans la paix de l’âme,
    Car son somme est paisible, ainsi que son réveil.

  4. Serviteurs de celui qui doute == retouche
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    Nous portons cet écu dans la vive lumière,
    Celui qu’au temps jadis des bardes ont chanté ;
    Merci à l’héraldiste ayant su l’inventer,
    À qui l’ancêtre offrit une pinte de bière.

    L’âme de ce seigneur est impavide et fière,
    Dans laquelle sont doute et sagesse implantés ;
    Par Eve ou par Lilith il ne fut point tenté,
    Lui qui toujours se sut un être de poussière.

    Tu ne peux l’abuser par un discours mystique,
    Car les mythes pour lui n’ont rien de fantastique,
    Qui flottent comme un rêve en notre humain sommeil.

    Il ne craint pas non plus la corde ni la flamme,
    Il vit dans le silence et dans la paix de l’âme,
    Car son somme est paisible, ainsi que son réveil.

  5. Ambicygne imperceptible
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    À peine si mon corps réfléchit la lumière,
    D’être un oiseau discret je peux bien me vanter ;
    On m’a pris quelquefois pour un monstre inventé
    Au-dessus d’un comptoir par un buveur de bière.

    J’aime arpenter la friche et contempler le lierre,
    C’est un végétal noble et que nul n’a planté ;
    Lilith au temps jadis buvait à sa santé,
    Elle dont un vent tiède emporta la poussière.

    J’ai pris pour compagnons des animaux rustiques
    Qui ne tiennent jamais de propos sarcastiques ;
    Je bavarde avec eux dans le couchant vermeil.

    Pas un seul d’entre nous n’est un cracheur de flammes,
    Mais dans la paix du coeur et le repos de l’âme,
    Nous attendons l’aurore et n’avons pas sommeil.

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