Poème 'L’emmuré' de ATOS

L’emmuré

ATOS

A l’aide d’une aiguille
Il gratte le mur du temps
Il n’a plus froid.
Dehors peut être l’été.
Aucun repère.
Il goûte le temps
Âpre et blanc
Goût de poussière
Goût de son sang.
Il ouvre le temps.
Le soleil lui tend la main.
Il s’écarte
Il ne trouvera pas le chemin.
Une roue se tourne.
Cliquetis de vie.
La rue est sans effroi.
Il pense à toujours.
Sa main racle sa cuisse.
Crasse répondant au jour.
A l’odeur d’une femme
Il n’entend que l’envol des jours.
Il vit en vertical
Le monde suit sa course horizontale.
Ongles gris
Angles morts
La faim devient tenaille.
Combien de temps
Combien de temps encore…
Il taille le mur du temps
Et devient sourd au présent.
Il se réduit pour se donner l’espace.
Il devient sombre,
Le soleil retire sa main.
Le temps vient à parler ,
Le mur inspire.
C’est son instant,
L’unique moment
Et les ombres s’invitent.
Il plaque son dos contre les briques.
Il laisse entrer la nuit.
Il se fait cendre.
L’air est pesant.
Combien temps encore.
Il est en oubli
Il se redoute dehors .
Il ne reconnaît plus sa peau,
S’accroche au mur et à ses mots.
Il bascule ânonne et murmure
Combien de temps
Combien de temps encore
La ville s’endort
L’anguille tombe de sa main
Il prendront soin de cette peau
Il se sent mort
L’hiver peut être
Il dort.
Dans un pays de lac et de pierre
Sur le mur d’une cave
Reste la prière d’un homme
Je suis celui qui sera
Le temps est un tombeau.


18 mai 2011
H.Ghesquière et S.Taponier :
Otages en Afghanistan depuis 505 jours

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