Poème 'Lettre à Nâzim – III' de ATOS

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Lettre à Nâzim – III

ATOS

Eaubonne, le 30 novembre 2013 – Lettre à Nâzim – III

La touche d’un trait articule le pas d’un homme.
C’est ce que j’ai pensé en regardant un dessin de ton ami Abidin Dino.
C’est une mesure qui me plaît.
Je ne sais pas si elle est juste, mais c’est ce que j’entends aussi dans ce que tu écris.
Est ce que mon oreille est juste, Nâzim ?

Tu rejettes le « poétisme ».
On emplume pas son écrit, on tient sa plume correctement. Avec sincérité.
C’est ça la difficulté la plus grande de toute. Faire exact et faire juste, faire bien, faire face à ce que l’on dit, à ce que l’on voit, à ce que l’on écrit.
Authentique.
Tout ce que l’on fait devrait l’être. C’est encore plus vrai aujourd’hui. Terriblement vrai.
Sincère et authentique : ton engagement.
Tentons, alors de suivre ta musique.

Tu compares le roman, la nouvelle, la poésie, à la peinture à l’huile, à l’aquarelle, au fusain.
Le trait et la couleur, ces mains qui dessinent tous nos gestes.
Le trait, la trame de la pensée,
la couleur, l’éclat de l’étoffe,
La matière? Notre être.
Oui, nous devons avoir une exigence : être capable de reconnaitre notre insuffisance.
Le meilleur est à venir. C’est une des formes de l’espoir, je crois.
Insatisfaits. Nous devons l’être.
Insatisfaits, non pas dans la dérive de nos amertumes, mais insatisfaits comme celui qui guette son île au lever du jour sur un pont.
Insatisfait de ne pas encore l’apercevoir, la deviner, la savoir, toujours, mais insatisfait de ne pas encore la découvrir.
L’espoir est le bras de la volonté.
Et c’est lui qui trace le trait.
C’est un grande leçon de peinture que tu nous livres.
Simple et juste.

Cela ne sert à rien de tenter de décrire les tumultes ou les arabesques d’un fleuve, si l’on ne sait pas dessiner la clarté de sa source.
On ne saurait rendre ainsi la vérité.
Le tableau est toujours raté lorsque son message est mensonger.

L’océan connait chacune de ses routes.
Pour les trouver il convient de ne pas le troubler.
Pour remonter un courant il faut d’abord en connaitre le sens.
On pose un pied sur un île, on ne vient pas s’y échouer.
C’est la différence entre le voyage et l’exil.
C’est dans l’empreinte du trait que nous pouvons lire une volonté.
L’espoir marche à mesure, pas à regret .

L’origine est profonde, aussi profonde que les eaux d’un fleuve.
Limpide comme la première goutte de sa source.
Je vais songer à ce qui tu as écrit. Cela me semble essentiel. Je verrai ce qui en découlera.
Il faut veiller à la trame bien plus qu’au poids de l’étoffe.
Combien de métiers nous faut il maîtriser pour mener une œuvre, Nâzim?
Combien de vies nous faut il mener pour bien nous annoncer?

Je tenterai d’articuler correctement en déjouant les mauvais traits. J’avancerai peut être plus facilement.
Merci, à toi.

Dessin : Abidin DINO (1913 - 1993) - COMPOSITION - Dessin à l'encre sur papier

Dessin : Abidin DINO (1913 - 1993) - COMPOSITION - Dessin à l'encre sur papier

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