Poème 'L’objet' de ATOS

L’objet

ATOS

L’hôte
« - Voilà donc un objet bien étrange….Vous me dites qu’il est là, …ici…, en cette chambre ? »

L’invité
« -Ici même. »

L’hôte
« -Là… ? Et moi je vous dis que je ne le vois pas. Et pourtant à vous entendre, il y a une heure à la pendule pendante… »

L’invité
« - Celle que vous fut léguée par feue madame votre tante ? »

L’hôte
« - Oui celle là même. »

L’invité
« - Celle dont hier encore vous me contiez les dernières vacances ? »

L’hôte
« - Et bien quoi ? Oui, celle ci. »

L’invité
« - Celle au sujet de laquelle cet hiver vous exprimiez si douloureusement l’absence ? »

L’hôte
« - Celle là…. mais cessons d’évoquer cette personne. »

L’invité

« - C’est que cette pendule…. »

L’hôte
« -Et moi je vous parle de cet objet que vous me dites exister et que je ne vois pas.
Cela est …..contrariété pour moi. »

L’invité

« - Pourquoi ? »

L’hôte
« - Parce qu’à vous entendre on pouvait croire la chose sérieuse. »

L’invité
« - Mais elle l’est. »

L’hôte
« - Mais convenez- en, ici même elle ne se trouve pas. »

L’invité
« - Elle existe mais pour vous elle n’y est pas. Et ceci, apparemment,… ne suffit pas. »

L’hôte
« - À quoi ? »

L’invité
« - À ce que je vous donne raison quant à ce fait que vous ne voyez pas. »

L’hôte
« - Mais comment peut on s’y retrouver si on se met à croire des choses trop étranges.
Je ne suis pas loin de penser que votre esprit a heurté votre songe. Et qu’il a porté à votre mémoire les écailles du mensonge . »

L’invité
« - Considérez donc l’objet autrement, et laisser je vous prie pendante l’improbable coutume de mes songes. »

L’hôte
« - Comment pourrai je autrement saisir le sujet puisque je ne le vois pas ? »

L’invité
« - Alors voyez le…. par son souvenir. Souvenir que je vous ai fourni en vous disant précisément comme, d’ailleurs, je le vois. »

L’hôte
« - Qu’est ce donc que cette littérature ? »

L’invité
« - La même dont vous enveloppez si tendrement les épaules de votre tante, et que par vos paroles il m’a semblé l’autre jour entendre. »

L’hôte
« - Donc l’objet, que je ne vois pas…. »

L’invité
« - Celui là »

L’hôte
« - Celui dont ,vous évoquiez devant moi, toutes les gammes de sa substance. »

L’invité
« - Précisément. »

L’hôte
« - Celui dont vous me dites, que depuis , qu’à vous même il s’est fait connaître, votre âme vous dit, ce que, tous, nous serions capable de voir apparaître. »

L’invité
« - Celui là même. »

L’hôte
« - Et que par le simple fait de vous entendre me dire l’état de cet objet, il me serait possible d’en entendre et d’en toucher l’existence ? Étrange objet. Sérieux, et…d’importance. »

L’invité
« - Nécessaire, Monsieur, éternellement nécessaire. »

L’hôte
« - Et comment ce nomme ce qui est là et que je ne vois pas ? »

L’invité
« - Poésie ! Monsieur voilà comment , depuis son premier chant, parmi nous, elle se nomme.

L’hôte
« - Poésie…Mais comment peut on entendre ses paroles ? »

L’invité
« - Par notre mémoire, par le simple souvenir de ce que nous laissons entrer en nous.
C’est ainsi que là où vous ne voyez qu’un miroir je vois ici des visages,
que dans le parfum d’une époque on peut entendre le devenir d’une autre, que dans une poignée de graines, alors que certains n’y voient que le rapport de leur récolte, d’autres sont capables de comprendre toutes les largesse de la plante. »

L’hôte
« - Donc j’admets que vous puissiez l’entendre. Mais moi, je ne la vois pas.
Mes yeux ont beau se tordent par tous mes sens, je ne vois pas le sujet dans l’état que vous me dites qu’ici, il se présente. «

L’invité
« -C’est peut être, Monsieur, que si j’avais eu comme vous, une adorable tante, je n’aurai pas à sa pendule pendu toute mes attentes. Je donne,et je reçois. C’est là peut être l’équilibre du monde.
Ce qui permet peut être à cette chose, que vous ne voyez pas, d’avancer vers moi.
Et vous, vous ne cessez de compter des heures, comme des pas, en estimant leur décompte avec effroi, car il viennent, monsieur, ils viennent, vous dirent ces pas, la distance qu’ils prononcent entre ce que vous pensez savoir et ce qu’ici même vous ne voyez pas. »

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