Poème 'L’Oiseau captif' de Théophile GAUTIER dans 'Premières poésies'

L’Oiseau captif

Théophile GAUTIER
Recueil : "Premières poésies"

Car quand il pleut et le soleil des cieux
Ne reluit point, tout homme est soucieux.

CLÉMENT MAROT.

………Yet shall reascend
Self raised, and repossess its native seat.

LORD BYRON.

Depuis de si longs jours prisonnier, tu t’ennuies,
Pauvre oiseau, de ne voir qu’intarissables pluies
De filets gris rayant un ciel noir et brumeux,
Que toits aigus baignés de nuages fumeux.
Aux gémissements sourds du vent d’hiver qui passe
Promenant la tourmente au milieu de l’espace,
Tu n’oses plus chanter ; mais vienne le printemps
Avec son soleil d’or aux rayons éclatants,
Qui d’un regard bleuit l’émail du ciel limpide,
Ramène d’outre-mer l’hirondelle rapide
Et jette sur les bois son manteau velouté,
Alors tu reprendras ta voix et ta gaîté ;
Et si, toujours constant à ta douleur austère,
Tu regrettais encor la forêt solitaire,
L’orme du grand chemin, le rocher, le buisson,
La campagne que dore une jaune moisson,
La rivière, le lac aux ondes transparentes,
Que plissent en passant les brises odorantes,

Je t’abandonnerais à ton joyeux essor.
Tous les deux cependant nous avons même sort,
Mon âme est comme toi : de sa cage mortelle
Elle s’ennuie, hélas ! et souffre, et bat de l’aile ;
Elle voudrait planer dans l’océan du ciel,
Ange elle-même, suivre un ange Ithuriel,
S’enivrer d’infini, d’amour et de lumière,
Et remonter enfin à la cause première.
Mais, grand Dieu ! quelle main ouvrira sa prison,
Quelle main à son vol livrera l’horizon ?

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Commentaires

  1. Oiseau perpétuellement insatisfait
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    Quand il est sur sa branche, il se languit des cieux,
    Il voudrait partir loin, comme fait l’hirondelle ;
    Et, comme elle, sans doute, on le verrait fidèle
    À son nid qui occupe un agréable lieu.

    Il rêve de planer à la droite de Dieu,
    Tel un ange baignant dans la Grâce éternelle ;
    Ou bien de l’inframonde être la sentinelle
    Auprès d’une démone aux ineffables yeux.

    Jamais il ne connut une terre étrangère,
    Puis en fait de diablesse il n’a qu’une bergère ;
    Mais ses ardents désirs le tracassent toujours.

    Il pose son regard sur la voûte céleste
    Indéchiffrable comme un vaste palimpseste ;
    Il lui faut accepter son modeste séjour.

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