Poème 'Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors' de Joachim DU BELLAY dans 'Les Regrets'

Accueil > Les poètes > Poèmes et biographie de Joachim DU BELLAY > Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors

Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors

Joachim DU BELLAY
Recueil : "Les Regrets"

Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors !
Ô front crêpe et serein ! et vous, face dorée !
Ô beaux yeux de cristal ! ô grand bouche honorée,
Qui d’un large repli retrousses tes deux bords !

Ô belles dents d’ébène ! ô précieux trésors,
Qui faites d’un seul ris toute âme enamourée !
Ô gorge damasquine en cent plis figurée !
Et vous, beaux grands tétins, dignes d’un si beau corps !

Ô beaux ongles dorés ! ô main courte et grassette !
Ô cuisse délicate ! et vous, jambe grossette,
Et ce que je ne puis honnêtement nommer !

Ô beau corps transparent ! ô beaux membres de glace !
Ô divines beautés ! pardonnez-moi, de grâce,
Si, pour être mortel, je ne vous ose aimer.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

  1. Orpailleur de mai
    ------------------

    Si tu ne le sais pas, l’orpailleur est retors !
    Il peut analyser la poussière dorée;
    Il excelle à filtrer cette source honorée
    En se tenant tantôt sur l’un et l’autre bord.

    Il est intelligent, ce chasseur de trésors
    Auxquels il consacra son âme enamourée;
    La chance est pour longtemps en son coeur figurée,
    Il aime les métaux, qui sont de nobles corps.

    Il mange ce qu’il veut, ce n’est pas un ascète ;
    Il range une pépite au fond d’une cassette,
    D’un minerai brillant qu’il ne sait pas nommer.

    Si la rivière était recouverte de glace,
    Il attendrait, patient, que le flux se déplace;
    Le hasard sablonneux, c’est ce qu’il ose aimer.

  2. Zoom and Unzoom
    --------------------

    C’est le changeur d’échelle, il est assez retors.
    Il agrandit souvent les images dorées
    Qui dans les lieux sacrés sont par nous honorées,
    Tant les dilate-t-il qu’on n’en voit plus les bords.

    Or, de mainte vignette, il exhume un trésor
    Dont se trouve aussitôt la foule enamourée ;
    D’autres fois, les beautés richement figurées
    Dans le moindre détail nous dévoilent leur corps.

    Il divertit les rois, il instruit les ascètes ;
    Plus d’un marquis pour lui puise dans sa cassette,
    Même, comme ministre on l’a voulu nommer.

    Mais il s’amuse avec les reflets dans la glace
    Dont, à sa volonté, les contours se déplacent ;
    Pour faire un tel métier, sans doute, il faut l’aimer.

Rédiger un commentaire

Joachim DU BELLAY

Portait de Joachim DU BELLAY

Joachim du Bellay est un poète français né vers 1522 à Liré en Anjou, et mort le 1er janvier 1560 à Paris. Sa rencontre avec Pierre de Ronsard fut à l’origine de la formation de la « Pléiade », groupe de poètes auquel Du Bellay donna son manifeste, « la Défense et illustration de la langue... [Lire la suite]

© 2018 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS