Poème 'Ondes – Sur les prophéties' de Guillaume APOLLINAIRE dans 'Calligrammes'

Ondes – Sur les prophéties

Guillaume APOLLINAIRE
Recueil : "Calligrammes"

J’ai connu quelques prophétesses
Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes
C’est là-bas qu’elle avait eu encore l’occasion de participer
À une scène savoureuse d’anthropophagie
Elle n’en parlait pas à tout le monde
En ce qui concerne l’avenir elle ne se trompait jamais

Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi
Est également habile
Mais Madame Deroy est la mieux inspirée
La plus précise
Tout ce qu’elle m’a dit du passé était vrai et tout ce qu’elle
M’a annoncé s’est vérifié dans le temps qu’elle indiquait
J’ai connu un sciomancien mais je n’ai pas voulu qu’il interrogeât mon ombre
Je connais un sourcier c’est le peintre norvégien Diriks

Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe
Puissent ces dieux sans figure m’épargner toujours
Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j’écoute et notez
Que je lis assez bien dans la main
Car je ne crois pas mais je regarde et quand c’est possible j’écoute

Tout le monde est prophète mon cher André Billy
Mais il y a longtemps qu’on fait croire aux gens
Qu’ils n’ont aucun avenir qu’ils sont ignorants à jamais
Et idiots de naissance
Qu’on en a pris son parti et que nul n’a même l’idée
De se demander s’il connaît l’avenir ou non

Il n’y a pas d’esprit religieux dans tout cela
Ni dans les superstitions ni dans les prophéties
Ni dans tout ce que l’on nomme occultisme
Il y a avant tout une façon d’observer la nature
Et d’interpréter la nature
Qui est très légitime

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Commentaires

  1. Magie incertaine
    ---------------

    Guillaume a fréquenté quelques devineresses
    Faisant parler le roi, la dame et le valet.
    Mais il ne savait point ce que cet art valait,
    C'est un fait bien connu, les cartes sont traîtresses.

    Même un tour qui a lieu dans le bourg de Céret
    N'apporte en général aucune certitude ;
    Lire l'ombre ? Mais ça dépend des latitudes.
    Autant interroger les oiseaux des guérets.

    Fracasser le miroir, renverser la salière,
    Poser à la renverse une miche de pain,
    N'ayez point peur de ça, vous savez, mes copains,
    Qu'il n'est nul résultat des magies coutumières.

    Il est temps d'annoncer aux foules stupéfaites
    Que le long fil du temps ne suit aucun chemin,
    Qu'on ne peut rien tirer des lignes de la main
    Et que seul le silence (et encore !) est prophète.

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