Quand Iris aux beaux yeux
Quand Iris aux beaux yeux,
Paroist en quelques lieux,
Il n’est coeur qui ne tremble,
C’est l’honneur de la Cour,
C’est la gloire d’Amour,
Et les Vertus ensemble.On ne peut pas si-tost,
Bien louër comme il faut,
De la grande Duchesse
La grace et la bonté ;
Sa moindre qualité
Est celle de Princesse.Quand des bords d’Orient,
L’Aurore en sousriant,
Sa lumiere r’appelle,
Elle n’esgale pas,
Avec tous ses appas,
Ceux de Mademoiselle.La belle Combalet
A la bouche d’oeillet,
Les yeux de vive flame ;
Le courage d’un Roy,
Et l’esprit comme moy,
Quand Apollon m’enflamme.Le Ciel, sans changement,
En feroit aysément
Une Reyne parfaite,
Quelque jour tous les Roys,
Vivront dessous ses lois,
Dans l’Isle qu’elle a faite.Jamais l’oeil du Soleil,
Ne vit rien de pareil,
Ni si plein de delices ;
Rien si digne d’amour,
Si ce ne fut le jour,
Que nasquit Artenice.Quand les Dieux eurent fait,
Le chef-d’oeuvre parfait,
Que Julie on appelle,
Minerve qui la vit,
En pleura de dépit,
Et se trouva moins belle.L’Amour armé de traits,
Avec tous ses attraits,
N’en a point qui me pique ;
Et je crains plus cent fois,
Les charmes et la voix
De la belle Angelique.
Vincent VOITURE
Vincent Voiture, né en 1597 à Amiens et mort le 26 mai 1648 à Paris, était un poète et prosateur français. Fils d’un marchand de vins qui suivait la cour, il fit ses études à Paris et gagna la protection de Gaston d’Orléans, frère du roi, en lui adressant une pièce de vers à l’âge de seize ans. Ce prince le nomma... [Lire la suite]
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