Poème 'Scientifique' de Théodore de BANVILLE dans 'Sonnailles et Clochettes'

Scientifique

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Sonnailles et Clochettes"

Lentement, vers la fin du jour,
Une voix murmurait dans l’ombre:
Amour! Amour! Amour! Amour!
Au milieu de la forêt sombre.

Quelqu’un disait: L’essentiel
N’est pas la gloire et sa fumée.
Non, le vrai, c’est de voir le ciel
Dans les yeux de la bien-aimée.

Une bouche peut s’embraser
Lorsqu’une autre bouche s’y pose.
On voit dans le divin baiser
L’éblouissement d’une rose.

La haie en fleur, l’étang dormant
Ont le souffle qui vous enivre.
Pour être heureux tout bêtement,
Il suffit de se laisser vivre.

Écoute l’yeuse et le pin!
Bon laboureur, chéris ta femme
Et baise-la comme du pain,
Tandis que le bon air t’affame.

Quant aux hors-d’oeuvre superflus,
Ami, bien fol est qui s’y fie.
Et l’on ne trouve rien de plus
Dans toute la philosophie. –

Ainsi parlait, génie, esprit,
Je ne sais qui, dans l’ombre noire,
Au bois où l’églantier fleurit
Près de l’étang glacé de moire.

J’écoutais, regardant les cieux
Où s’allume la chrysoprase,
Et je marchais, silencieux,
D’un pas léger, sur l’herbe rase.

Je trouvais les instants bien courts,
Dans la grande forêt magique,
Et je dis: Quel est ce discours
Si raisonnable et si logique? –

Et tandis que tombait la nuit,
Écartant le houx et la ronce,
Je marchais sans faire de bruit,
Car j’attendais une réponse.

Les oiseaux, chers petits bandits,
Mettaient les branches au pillage.
Bientôt, près de moi, j’entendis
Un froissement dans le feuillage.

Pâle dans le fluide azur,
Ame que le bruit importune,
Avec son blanc visage pur
Apparaissait la douce lune;

Et, choeurs envolés, se nouant
Parmi les zéphyrs qui soupirent,
Je vis des Nymphes se jouant,
Blanches figures, qui me dirent:

Oui, tu peux t’instruire, en effet,
Au bruit de la brise et des ailes.
Quel est ce discours tout à fait
Sage? continuèrent-elles,

En jetant leurs cheveux flottants
Sur leurs tuniques sans agrafes:
C’est la chère voix du Printemps
Qui parle dans nos phonographes!

17 septembre 1889.

Poème préféré des membres

Aucun membre n'a ajouté ce poème parmi ses favoris.

Commentaires

Aucun commentaire

Rédiger un commentaire

Théodore de BANVILLE

Portait de Théodore de BANVILLE

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du... [Lire la suite]

© 2017 Un Jour Un Poème - Tous droits réservés
UnJourUnPoeme sur Facebook UnJourUnPoeme sur Twitter RSS
Nos partenaires : Le Mot pour la frime | Poetiz | Permis moto