Poème 'Turlurette' de Théodore de BANVILLE dans 'Sonnailles et Clochettes'

Turlurette

Théodore de BANVILLE
Recueil : "Sonnailles et Clochettes"

Il s’en va, le fol Amour.
Nous entendons le tambour
Qui pour vous bat la retraite.
Eh! allez donc, Turlurette!

Sous les rouges cieux pourprés,
Vous n’irez plus dans les prés
Effeuiller la pâquerette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Du poëte au savetier,
Vous charmiez tout le quartier
Notre-Dame-de-Lorette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Hélas! au lieu d’ortolans,
A vos appétits galants
On offre une vinaigrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Déjà, lors de vos treize ans,
Vous aviez les yeux luisants,
Car vous étiez guillerette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Vous faisiez peu de façons,
Et d’aimables polissons
Baisaient votre collerette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Belle aux sens extasiés,
A coup sûr vous ne lisiez
Ni Beuve, ni Philarète.
Eh! allez donc, Turlurette!

Plus tard, quand toute une cour
Vous adorait, tour à tour
Vous fûtes dame et soubrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

On admirait votre peau.
Sur votre insolent chapeau
Brillait une folle aigrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

A vos genoux, très soumis,
Se traînaient des gens bien mis,
Ayant des croix en barrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Ou bien, d’un pas vif et prompt,
Vous portiez sur votre front
Le pot au lait de Perrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Où sont hélas! tous les ors
Et tous les riants trésors
Cachés sous la gorgerette?
Eh! allez donc, Turlurette!

Et vos seins blancs, où jadis
Parmi les glorieux lys
Rougissait une fleurette?
Eh! allez donc, Turlurette!

Et le gai visage en fleur
Où le Temps écornifleur
Plante sa griffe indiscrète?
Eh! allez donc, Turlurette!

On voit maigrir votre flanc
Et déjà, dans votre sang
Frémit une peur secrète.
Eh! allez donc, Turlurette!

Bientôt, regrets superflus!
Vous ne voyagerez plus
Au pays de l’amourette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Car, à bouche que veux-tu,
Vous aurez de la vertu
Comme un pâle anachorète.
Eh! allez donc, Turlurette!

Et tenant votre cabas,
Vous tricoterez des bas,
Mince comme une levrette.
Eh! allez donc, Turlurette!

Alors, grillant vos mollets,
Vous songerez, triste, les
Pieds sur votre chaufferette.
Eh! allez donc, Turlurette!

12 novembre 1889.

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Théodore de BANVILLE

Portait de Théodore de BANVILLE

Etienne Jean Baptiste Claude Théodore Faullain de Banville, né le 14 mars 1823 à Moulins (Allier) et mort le 13 mars 1891 à Paris, est un poète, dramaturge et critique français. Célèbre pour les « Odes funambulesques » et « les Exilés », il est surnommé « le poète du... [Lire la suite]

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