Poème '03 – Entre toutes une parfaicte' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

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03 – Entre toutes une parfaicte

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

XV.

Toy seule as fait, que ce vil Siecle avare,
Et aveuglé de tout sain jugement,
Contre l’utile ardemment se prepare
Pour l’esbranler a meilleur changement:
Et plus ne hayt l’honneste estrangement,
Commençant jà a cherir la vertu.
Aussi par toy ce grand Monstre abatu,
Qui l’Univers de son odeur infecte,
T’adorera soubz tes piedz combatu,
Comme qui es entre toutes parfaicte.

XVI.

Je preferoys a tous Dieux ma Maistresse,
Ainsi qu’Amour le m’avoit commandé:
Mais la Mort fiere en eut telle tristesse,
Que contre moy son dard à desbandé.
Et quand je l’ay au besoing demandé
Le m’à nyé, comme pernicieuse.
Pourquoy sur moy, ô trop officieuse,
Pers tu ainsi ton povoir furieux?
Veu qu’en mes mortz Delie ingenieuse
Du premier jour m’occit de ses beaulx yeulx.

XVII.

Plus tost seront Rhosne, & Saone desjoinctz,
Que d’avec toy mon Coeur se desassemble:
Plus tost seront l’un, & l’aultre Mont joinctz,
Qu’avecques nous aulcun discord s’assemble:
Plus tost verrons & toy, & moy ensemble
Le Rhosne aller contremont lentement,
Saone monter tresviolentement,
Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,
Ny que ma foy descroisse aulcunement.
Car ferme amour sans eulx est plus, que nue.

XVIII.

Qui se delecte a bien narrer histoires
Perpetuant des haultz Princes les gestes:
Qui se triumphe en superbes victoyres,
Ou s’enaigrist aux Satyres molestes:
Qui chante aussi ses amours manifestes,
Ou se complaict a plaisamment descrire
Farces, & Jeux esmouvantz Gentz a rire.
Mais moy: je n’ay d’escrire aultre soucy,
Fors que de toy, & si ne sçay que dire,
Sinon crier mercy, mercy, mercy.

XIX.

Moins ne pourroit & la foy, & l’hommage,
Que nous lyer a son obeissance:
Si contre tort, & tout public dommage
Nous ne vouions le Coeur, & la puissance.
Donc au Vassal fut grand’ mescongnoissance
Quand plus, que soy, faingnant sa France aymer,
Osa en vain, & sans honte s’armer.
Mais celle part, comme on dit, la greigneur,
Deceut celuy, qui pour trop s’estimer
Vint contre soy, son pays, son Seigneur.

XX.

Peuvent les Dieux ouyr Amantz jurer,
Et rire apres leur promesse mentie?
Autant seroit droict, & faulx parjurer,
Qu’eriger loy pour estre aneantie.
Mais la Nature en son vray convertie
Tous paches sainctz oblige a reverence.
Voy ce Bourbon, qui delaissant Florence,
A Romme alla, a Romme desolée,
Pour y purger honteusement l’offence
De sa Patrie, & sa foy violée.

XXI.

Le Cerf volant aux aboys de l’Austruche
Hors de son giste esperdu s’envola:
Sur le plus hault de l’Europe il se jusche,
Cuydant trouver seurté, & repos là,
Lieu sacre, & sainct, lequel il viola
Par main a tous prophanément notoyre.
Aussi par mort precedant la victoyre
Luy fut son nom insignément playé,
Comme au besoing pour son loz meritoyre
De foy semblable a la sienne payé.

XXII.

Comme Hecaté tu me feras errer
Et vif, & mort cent ans parmy les Umbres:
Comme Diane au Ciel me resserrer,
D’ou descendis en ces mortelz encombres:
Comme regnante aux infernalles umbres
Amoindriras, ou accroistras mes peines.
Mais comme Lune infuse dans mes veines
Celle tu fus, es, et seras Delie,
Qu’Amour à joinct a mes pensées vaines
Si fort, que Mort jamais ne l’en deslie.

XXIII.

Seule raison, de la Nature loy,
T’à de chascun l’affection acquise.
Car ta vertu de trop meilleur alloy,
Qu’Or monnoyé, ny aultre chose exquise,
Te veult du Ciel (ô tard) estre requise,
Tant approchante est des Dieux ta coustume.
Doncques en vain travailleroit ma plume
Pour t’entailler a perpetuité:
Mais ton sainct feu, qui a tout bien m’allume,
Resplendira a la posterité.

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