Poème '48 – Plus l’amollis plus l’endurcis' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

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48 – Plus l’amollis plus l’endurcis

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

CCCCXXIX [=CCCCXX] .

Peu s’en falloit, encores peu s’en fault,
Que la Raison asses mollement tendre
Ne prenne, apres long spasme, grand deffault,
Tant foible veult contre le Sens contendre.
Lequel voulant ses grandz forces estendre
(Ayde d’Amour) la vainct tout oultrément.
Ne pouvant donc le convaincre aultrement,
Je luy complais un peu, puis l’adoulcis
De propos sainctz. Mais quoy? plus tendrement
Je l’amollis, & plus je l’endurcis.

CCCCXXX [=CCCCXXI] .

Voulant je veulx, que mon si hault vouloir
De son bas vol s’estende a la vollée,
Ou ce mien vueil ne peult en rien valoir,
Ne la pensée, ainsi comme avolée,
Craingnant qu’en fin Fortune l’esvolée
Avec Amour pareillement volage
Vueillent voler le sens, & le fol aage,
Qui s’envolantz avec ma destinée,
Ne soubstrairont l’espoir, qui me soulage
Ma volenté sainctement obstinée.

CCCCXXXI [=CCCCXXII] .

Touché au vif & de ma conscience,
Et du remord de mon petit merite,
Je ne scay art, & moins propre science,
Pour me garder, qu’en moy je ne m’irrite,
Tant ceste aigreur estrangement despite
En vains souhaitz me rend si variable.
Fust elle, aumoins, par vertu pitoyable
Mon dictamnum, comme aux Cerfz Artemide,
Tirant le traict de ma playe incurable,
Qui fait mon mal ardemment estre humide.

CCCCXXXII [=CCCCXXIII] .

Respect du lieu, soulacieux esbat.
A toute vie austerement humaine,
Nourrit en moy l’intrinseque debat,
Qui de douleur a joye me pourmaine:
Y frequentantz, comme en propre domeine,
Le Coeur sans reigle, & le Corps par compas.
Car soit devant, ou apres le repas,
Tousjours le long de ses rives prochaines
Lieux escartez, lentement pas a pas
Vois mesurant & les champs, & mes peines.

CCCCXXXIII [=CCCCXXIIII] .

De corps tresbelle & d’ame bellissime,
Comme plaisir, & gloire a l’Univers,
Et en vertu rarement rarissme
Engendre en moy mille souciz divers:
Mesmes son oeil pudiquement pervers
Me penetrant le vif du sentement,
Me ravit tout en tel contentement,
Que du desir est ma joye remplie,
La voyant l’oeil, aussi l’entendement,
Parfaicte au corps, & en l’ame accomplie.

CCCCXXXIIII [=CCCCXXV] .

Bien que je sache amour, & jalousie,
Comme fumée & feu, esclair, & fouldre,
Me tempestantz tousjours la fantasie
En une fin sans jamais se resouldre:
Je ne me puis (pourtant) d’erreur absouldre
Cherchant tousjours par ce Monstre terrible
De veoir en moy quelque deffault horrible
Trop plus asses, qu’en mon Rival, regner:
Comme lon [=l’on] scait, qu’avecques l’impossible
J’accuse aultruy pour tout me condamner.

CCCCXXXV [=CCCCXXVI] .

Finablement prodigue d’esperance,
Dont estre avare est tresgrande vertu,
De fermeté, & de perseverance.
Me suis quasi de tous poinctz devestu,
Estimant moins tout espoir, qu’un festu,
Fors seulement pour l’Amant esprouver:
Non que je vueille, en effect, reprouver
Ce bien, voyant que ne le puis acquerre:
Mais seurement celluy ne peult trouver
En aultruy paix, qui a soy donne guerre.

CCCCXXXVI [=CCCCXXVII] .

Force me fut (si force se doibt dire
De se laisser a ses desirs en proye)
De m’enflamber de ce dueil meslé d’ire,
Qu’Amour au coeur passionné ottroye,
Quand je me vy (non point que je le croye,
Et si le cuyde) estre d’elle banny.
Est ce qu’ailleurs elle pretend? nenny:
Mais pour errer, comme maladvisé.
Aussi comment serois je a elle uny,
Qui suis en moy oultrément divisé?

CCCCXXXVII [=CCCCXXVIII] .

Quoy que ce soit, amour, ou jalousie
Si tenamment en ma pensée encrée:
Je crains tousjours par ceste phrenesie,
Qu’en effect d’elle a aultruy trop n’agrée
Chose par temps, & debvoir consacrée
A mon merite en palme de ma gloire.
Car tout ce mal si celément notoire
Par l’aveuglée, & doubteuse asseurance,
A mon besoing se fait de paour victoire
Avecques mort de ma foible esperance.

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