Poème '39 – A seurte va qui son faict cele' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

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39 – A seurte va qui son faict cele

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

CCCXLIX [=CCCXXXIX] .

Ainsi que l’air de nues se devest
Pour nous monstrer l’esprit de son serain:
Ainsi, quand elle ou triste, ou pensive est,
Reprent le clair de son tainct souverain,
Pour entailler mieulx, qu’en Bronze, ou aerain,
Et confermer en moy mon esperance:
A celle fin, que la perseverance
Tousjours me poulse a si heureux deduytz,
Comme elle sçait, qu’en fidele asseurance,
Celant mon feu, a bon Port le conduys.

CCCL [=CCCXL] .

Avoir le jour nostre Occident passé,
Cedant icy a la nuict tenebreuse,
Du triste esprit plus, que du corps lassé,
Me sembla veoir celle tant rigoureuse
Monstrer sa face envers moy amoureuse,
Et en tout acte, oultre l’espoir privé.
Mais le matin (trop hastif) m’à privé
De telz plaisirs, ausquelz, comme vent vistes,
J’estoys par vous, traistres yeulx, arrivé,
Qui cloz mon bien, & ouvertz mon mal vytes.

CCCLI [=CCCXLI] .

Quasi moins vraye alors je l’apperçoy,
Que la pensée a mes yeulx la presente,
Si plaisamment ainsi je me deçoy,
Comme si elle estoit au vray presente:
Bien que par foys aulcunement je sente
Estre tout vain ce, que j’ay apperceu.
Ce neantmoins pour le bien jà receu,
Je quiers la fin du songe, & le poursuis,
Me contentant d’estre par moy deceu,
Pour non m’oster du plaisir, ou je suis.

CCCLII [=CCCXLII] .

Quand quelquesfoys d’elle a elle me plaings.
Et que son tort je luy fais recongnoistre,
De ses yeulx clers d’honneste courroux plains
Sortant rosée en pluye vient a croistre.
Mais, comme on voit le Soleil apparoistre
Sur le Printemps parmy l’air pluvieux,
Le Rossignol a chanter curieux
S’esgaye lors, ses plumes arousant.
Ainsi Amour aux larmes des [=de] ses yeulx
Ses aeles baigne, a gré se reposant.

CCCLIII [=CCCXLIII] .

Au vif flambeau de ses yeulx larmoyantz
Amour son traict allume, & puis le trempe
Dans les ruysseaulx doulcement undoyantz
Dessus sa face: & l’estaingnant le trempe
Si aigrement, que hors de celle Trempe,
Le cauteleux, peu a peu, se retire
Par devers moy, & si soubdain le tire,
Qu’il lasche, & frappe en moins, que d’un moment.
Parquoy adonc avec plus grand martyre
Je suis blessé, & si ne sçay comment.

CCCLIIII [=CCCXLIIII] .

Leuth resonnant, & le doulx son des cordes,
Et le concent de mon affection,
Comment ensemble unyment tu accordes
Ton harmonie avec ma passion!
Lors que je suis sans occupation
Si vivement l’esprit tu m’exercites,
Qu’ores a joye, ore a dueil tu m’incites
Par tes accordz, non aux miens ressemblantz.
Car plus, que moy, mes maulx tu luy recites,
Correspondant a mes souspirs tremblantz.

CCCLV [=CCCXLV] .

Entre ses bras, ô heureux, près du coeur
Elle te serre en grand’ delicatesse:
Et me repoulse avec toute rigueur
Tirant de toy sa joye, & sa liesse.
De moy plainctz, pleurs, & mortelle tristesse
Loing du plaisir, qu’en toy elle comprent.
Mais en ses bras, alors qu’elle te prent,
Tu ne sens point sa flamme dommageable,
Qui jour, & nuict, sans la toucher, me rend
Heureusement pour elle miserable.

CCCLVI [=CCCXLVI] .

A si hault bien de tant saincte amytié
Facilement te debvroit inciter,
Sinon debvoir, ou honneste pitié,
A tout le moins mon loyal persister,
Pour unyment, & ensemble assister
Lassus en paix en nostre eternel throsne.
N’apperçoy tu de l’Occident le Rhosne
Se destourner, & vers Midy courir,
Pour seulement se conjoindre a sa Saone
Jusqu’a leur Mer, ou tous deux vont mourir?

CCCLVII [=CCCXLVII] .

Heureux joyau, tu as aultresfoys ceinct
Le doigt sacré par si gente maniere,
Que celle main, de qui le povoir sainct
Ma liberté me detient prisonniere,
Se faingnant ore estre large aulmosniere,
Te donne a moy, mais pour plus sien me rendre.
Car, comme puis en te tournant comprendre,
Ta rondeur n’à aulcun commencement,
Ny fin aussi, qui me donne a entendre,
Que captif suis sans eslargissement.

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