Poème '33 – Double peine a qui pour aultruy se lasse' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

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33 – Double peine a qui pour aultruy se lasse

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

CCXCV [=CCLXXXV] .

De fermeté plus dure, que Dyaspre,
Ma loyaulté est en toy esmaillée:
Comme statue a l’esbaucher toute aspre:
Et puis de Stuc polyment entaillée,
Par foy en main de constance baillée
Tu l’adoulcis, & jà reluict tresbien.
Ame enyvrée au moust d’un si hault bien,
Qui en son faict plus, qu’au mien m’entrelasse,
Ne sçais tu pas (mesme en amours) combien
Double peine à, qui pour aultruy se lasse?

CCXCVI [=CCLXXXVI] .

Nous esbatantz ma Dame, & moy sur l’eau,
Voicy Amour, qui vint les joustes veoir:
Veulx tu, dit il, congnoistre bien, & beau,
Si tu pourras d’elle victoyre avoir?
Eslis (le mieulx, que tu pourras sçavoir)
L’un de ceulx cy, & les joustantz me monstre.
Et quand je vy, qu’ilz s’entrevenoient contre,
Je pris le hault pour plus grande asseurance:
Mais tout soubdain a ceste aspre rencontre
Fut renversé avec mon esperance.

CCXCVII [=CCLXXXVII] .

Fortune en fin te peult domestiquer,
Ou les travaulx de ma si longue queste,
Te contraingnant par pitié d’appliquer
L’oreille sourde a ma juste requeste.
Tu l’exaulças, & ce pour la conqueste
Du vert Printemps, que soubz ta main usay.
Et si alors a grand tort accusay
Ta familiere, & humaine nature:
Et privément (peult estre) en abusay:
Ta coulpe fut, & ma bonne aventure.

CCXCVIII [=CCLXXXVIII] .

Plus je poursuis par le discours des yeulx
L’art, & la main de telle pourtraicture,
Et plus j’admire, & adore les Cieulx
Accomplissantz si belle Creature
Dont le parfaict de sa lineature
M’esmeult le sens, & l’imaginative:
Et la couleur du vif imitative
Me brule, & ard jusques a l’esprit rendre.
Que deviendroys je en la voyant lors vive?
Certainement je tumberois en cendre.

CCXCIX [=CCLXXXIX] .

Près que sorty de toute obeissance,
Je ne sçay quoy le sens me barbouilloit:
Et jà remis en ma libre puissance,
Le jeune sang tout au corps me bouilloit.
Noveau plaisir alors me chatouilloit
De liberté, & d’une joye extreme.
Mais ma jeunesse en licence supreme,
Quand seulement commençois a venir,
Me contraingnit a m’oblier moymesmes
Pour mieulx povoir d’aultruy me souvenir.

CCC [=CCXC] .

Comme gelée au monter du Soleil,
Mon ame sens, qui toute se distille
Au rencontrer le rayant de son oeil,
Dont le povoir me rend si fort debile,
Que je devien tous les jours moins habile
A resister aux amoureux traictz d’elle.
En la voyant ainsi plaisamment belle,
Et le plaisir croissant de bien en mieulx
Par une joye incongneue, & novelle,
Que ne suis donc plus, qu’Argus, tout en yeulx?

CCCI [=CCXCI] .

Le Painctre peult de la neige depaindre
La blancheur telle, a peu près, qu’on peult veoir:
Mais il ne sçait a la froideur attaindre,
Et moins la faire a l’oeil appercevoir.
Ce me seroit moymesmes decevoir,
Et grandement me pourroit lon reprendre,
Si je taschois a te faire comprendre
Ce mal, qui peult, voyre l’Ame opprimer,
Que d’un object, comme peste, on voit prendre,
Qui mieulx se sent, qu’on ne peult exprimer.

CCCII [=CCXCII] .

De ton sainct oeil, Fusil sourd de ma flamme,
Naist le grand feu, qui en mon coeur se cele:
Aussi par l’oeil il y entre, & l’enflamme
Avecques morte, & couverte estincelle,
Me consumant, non les flancs, non l’esselle,
Mais celle part, qu’on doibt plus estimer,
Et qui me fait, maulgré moy, tant aymer,
Qu’en moy je dy telle ardeur estre doulce,
Pour non (en vain) l’occasion blasmer
Du mal, qui tout a si hault bien me poulse.

CCCIII [=CCXCIII] .

Celle regit le frain de ma pensée,
Autour de qui Amour pleut arcz, & traictz,
Pour des Cieulx estre au meurdre dispensée,
Parqui a soy elle à tous coeurs attraictz,
Et tellement de toute aultre distraictz,
Qu’en elle seule est leur desir plus hault.
Et quant a moy, qui sçay, qu’il ne luy chault,
Si je suis vif, ou mort, ou en estase,
Il me suffit pour elle en froit, & chault
Souffrir heureux doulce antiperistase.

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