Poème '23 – Mes forces de jour en jour s’abaissent' de Maurice SCÈVE dans 'Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)'

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23 – Mes forces de jour en jour s’abaissent

Maurice SCÈVE
Recueil : "Délie (en vieux français, découpé par emblème de neuf dizains)"

CCV [=CXCV] .

Desir, souhaict, esperance, & plaisir
De tous costez ma franchise agasserent
Si vivement, que sans avoir loysir
De se deffendre, hors de moy la chasserent:
Deslors plus fort l’arbitre ilz pourchasserent,
Qui de despit, & d’ire tout flambant
Combat encor, ores droit, or tumbant
Selon qu’en paix, ou sejour ilz le laissent.
Mais du pouvoir soubz tel faix succumbant
Les forces, las, de jour en jour s’abaissent.

CCVI [=CXCVI] .

Tes doigtz tirantz non le doulx son des cordes,
Mais des haultz cieulx l’Angelique harmonie,
Tiennent encor en telle symphonie,
Et tellement les oreilles concordes,
Que paix, & guerre ensemble tu accordes
En ce concent, que lors je concevoys:
Car du plaisir, qu’avecques toy j’avoys,
Comme le vent se joue avec la flamme,
L’esprit divin de ta celeste voix
m’estainct, & plus soubdain m’enflamme.

CCVII [=CXCVII] .

Doulce ennemye, en qui ma dolente ame
Souffre trop plus, que le corps martyré,
Ce tien doulx oeil, qui jusqu’au coeur m’entame
De ton mourant à le vif attiré
Si vivement, que pour le coup tiré
Mes yeulx pleurantz employent leur deffence.
Mais n’y povant ne force, ne presence,
Le Coeur criant par la bouche te prie
De luy ayder a si mortelle offence.
Qui tousjours ard, tousjours a l’ayde crie.

CCVIII [=CXCVIII] .

Gant envieux, & non sans cause avare
De celle doulce, & molle neige blanche,
Qui me jura desormais estre franche,
La liberté, qui de moy se separe,
Ne sens tu pas le tort, qu’elle prepare
Pour se vouloir du debvoir desister?
Comme tesmoing debvrois soliciter,
Qu’elle taschast par honnorable envie
De foy promise envers moy s’acquitter,
Ou canceller l’obligé de ma vie.

CCIX [=C] .

Sans lesion le Serpent Royal vit
Dedans le chault de la flamme luisante:
Et en l’ardeur, qui a toy me ravit,
Tu te nourris sans offense cuisante:
Et bien que soit sa qualité nuisante
Tu t’y complais, comme en ta nourriture.
O fusses tu par ta froide nature
La Salemandre en mon feu residente:
Tu y aurois delectable pasture,
Et estaindrois ma passion ardente.

CCX [=] .

Phebé luysant par ce Globe terrestre
Entreposé a sa clarté privée
De son opaque, argentin, & cler estre
Soubdainement, pour un temps, est privée.
Et toy, de qui m’est tousjours derivée
Lumiere, & vie, estant de moy loingtaine
Par l’espaisseur de la terre haultaine,
Qui nous separe en ces haultz Montz funebres.
Je sens mes yeulx se dissouldre en fontaine,
Et ma pensée offusquer en tenebres.

CCXI [=CCI] .

Soubz doulx penser je me voy congeler
En ton ardeur, qui tous les jours m’empire:
Et ne se peult desormais plus celer
L’aultre Dodone incongneue a Epyre,
Ou la fontaine en froideur beaucoup pire,
Qu’aulx Alpes n’est toute hyvernale glace,
Couvre, & nourrit si grand’ flamme en ta face,
Qu’il n’est si froid, bien que tu soys plus froide,
Qu’en un instant ardoir elle ne face,
Et en ton feu mourir glacé tout roide.

CCXII [=CCII] .

T’esbahys tu, ô Enfant furieux,
Si diligent la verité je tente?
Et l’esprouvant, me dis tu curieux
A rendre en tout ma pensée contente?
Je ne le fais pour abreger l’attente,
Ny pour vouloir d’espoir me delivrer:
Mais je me tasche autant a captiver
La sienne en moy loyalle affection,
Comme pour moy je ne la veulx priver
De sa naifue, & libre intention.

CCXIII [=CCIII] .

Vicissitude en Nature prudente,
Puissant effect de l’eternel Movent,
Seroit en tout sagement providente
Si son retour retardoit plus souvent.
De rien s’esmeult, & s’appaise le vent,
Qui ores sort, & puis ores s’enferme.
Mais par ce cours son povoir ne m’afferme
L’allegement, que mes maulx avoir pensent.
Car par la foy en si saincte amour ferme
Avecques l’An mes peines recommencent.

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