Poème 'Antoine et Cléopâtre' de José-Maria de HEREDIA dans 'Les Trophées'

Antoine et Cléopâtre

José-Maria de HEREDIA
Recueil : "Les Trophées"

Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
L’Égypte s’endormir sous un ciel étouffant
Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu’il fend,
Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.

Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
Soldat captif berçant le sommeil d’un enfant,
Ployer et défaillir sur son coeur triomphant
Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.

Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
Vers celui qu’enivraient d’invincibles parfums,
Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;

Et sur elle courbé, l’ardent Imperator
Vit dans ses larges yeux étoilés de points d’or
Toute une mer immense où fuyaient des galères.

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Commentaires

  1. César a dit adieu à la reine égyptienne,
    Car il veut respecter son vrai lien conjugal ;
    Cléopâtre, lâchant un combat inégal,
    Reprend la liberté qui fut toujours la sienne.

    César eut ses amours, sa femme avait les siennes ;
    La réconciliation leur fit un sort fatal.
    A Vercingétorix, cet empereur tribal,
    La femme de César dit : « Je ne suis plus tienne ».

    Cléopâtre le sut et obtint du gardien
    De la prison d'aller lui faire un peu de bien ;
    Ainsi, au fier Gaulois, elle montre une épaule...

    Rien de plus n'est permis, en ce sombre mitard ;
    L'effet de la visite a duré bien plus tard :
    Car Vercingétorix en eut longtemps la gaule.

  2. Arbres impériaux
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    Ces arbres ont grandi sur la vaste terrasse,
    Adoucissant l’ardeur des étés assoiffants ;
    Sous leur ombre un penseur s’en va philosophant
    À propos des rapports du temps et de l’espace.

    Ceux-là ne craignent point la neige ni la glace
    Sous lesquelles je vois leurs sommets triomphants ;
    Ils savent consoler le vieillard et l’enfant,
    De tendres amoureux près d’un d’entre eux s’enlacent.

    Ces lieux sont fréquentés par un petit ours brun
    Qui de l’air forestier savoure les parfums ;
    Nous le voyons aussi danser dans l’aube claire.

    Quoi de plus apaisant qu’un grand arbre qui dort ?
    La dryade en rêvant peigne ses cheveux d’or,
    Songeant sans désespoir aux ans qui s’en allèrent.

  3. Branches papales
    --------

    Sous cette ramure
    Un pontife a fait sa sieste,
    Moment historique.

  4. Chenilles
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    Leurs cocons se fixent
    Dans des endroits improbables,
    Quel aveuglement !

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José-Maria de HEREDIA

Portait de José-Maria de HEREDIA

José-Maria de Heredia (né José María de Heredia Girard 1842-1905) est un homme de lettres d’origine cubaine, naturalisé français en 1893. En tant que poète, c’est un des maîtres du mouvement parnassien, véritable joaillier du vers. Son œuvre poétique est constituée d’un unique recueil, « Les... [Lire la suite]

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