Poème 'Soleil couchant' de José-Maria de HEREDIA dans 'Les Trophées'

Soleil couchant

José-Maria de HEREDIA
Recueil : "Les Trophées"

Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

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Nanouchkafab44 et SoulyneMacAdam ont ajouté ce poème parmi leurs favoris.

Commentaires

  1. Ces vers que l'on dirait ciselés dans la roche
    Nous rendent l'univers étrangement plus proche.

  2. Oui, mais ils sonnent comme des cuivres...

  3. Ce poème appris par coeur lorsque j'étais en 6ème... autant dire le Moyen-Age ! m'est revenu en mémoire quand je suis allée en Bretagne pour la première fois. C'est en voyant les ajoncs couvrir d'or les talus de l'autoroute, que j'ai commencé à le réciter à voix haute ! Depuis, c'est devenu une sorte de réflexe amusant, à chaque voyage ! Ce poème me plaît beaucoup car il donne à voir, à entendre, à respirer toute une atmosphère, toute une vie. Oui, il est ciselé finement comme un bijou précieux.

  4. C’est avec émotion qu’il m’arrive de réciter ses quelques vers , En regardant la pluie tomber sur un feuillage

  5. Tour de brume
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    Elle abrite un errant, l’aronde y fait son nid,
    Aucun foyer flambant jamais ne s’y allume ;
    La mousse l’enveloppe ainsi que de l’écume,
    Le vent murmure un chant qui jamais ne finit.

    Ni le vin, ni la rime ici ne sont bannis,
    Le silence qui règne est sans nulle amertume ;
    C’est un lieu surprenant, c’est notre Tour de Brume
    Où le songe souvent à la plume s’unit.

    On trouve sur le sol des vieux papiers qui traînent,
    Et les portraits aussi de muses fort lointaines ;
    Mais ce texte ne peut entrer dans les détails.

    Le poète parfois doit garder sa part d’ombre,
    Il doit être discret sans jamais être sombre;
    Il trace un nom, parfois, au dos d’un éventail.

  6. Tour de brume === (avec retouche)
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    Elle abrite un errant, l’aronde y fait son nid,
    Aucun foyer flambant jamais ne s’y allume ;
    La mousse l’enveloppe ainsi que de l’écume,
    Le vent murmure un chant qui jamais ne finit.

    Ni le vin, ni la rime ici ne sont bannis,
    Le silence qui règne est sans nulle amertume ;
    C’est un lieu surprenant, c’est notre Tour de Brume
    Où le songe souvent à la plume s’unit.

    On trouve sur le sol des vieux papiers qui traînent,
    Et les portraits aussi de muses fort lointaines ;
    Mais ce texte ne peut entrer dans les détails.

    Le poète souvent doit garder sa part d’ombre,
    Il doit être discret sans jamais être sombre;
    Il trace un nom, parfois, au dos d’un éventail.

  7. Feuilles rouges
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    Feuilles tombant d’un arbre, Artémis les bénit,
    Le soleil automnal de rouge les allume ;
    Elles planent dans l’air, légères comme plumes,
    Ensuite leur destin n’est pas bien défini.

    Regarde-les, ce sont des êtres démunis
    Que tu ne verras point sombrer dans l’amertume ;
    La froidure viendra, la grisaille et la brume,
    La saison délétère où l’air se rembrunit.

    Qui lira dans l’esprit de la feuille qui traîne,
    Ou dans ce coeur qui rêve aux époques lointaines ?
    Peut-être, dans son champ, le vieil épouvantail.

    J’entends des mots chantés dans leur langage d’ombre,
    Des images sans forme et des rimes sans nombre,
    Textes sans intention, phrases pour éventail.

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José-Maria de HEREDIA

Portait de José-Maria de HEREDIA

José-Maria de Heredia (né José María de Heredia Girard 1842-1905) est un homme de lettres d’origine cubaine, naturalisé français en 1893. En tant que poète, c’est un des maîtres du mouvement parnassien, véritable joaillier du vers. Son œuvre poétique est constituée d’un unique recueil, « Les... [Lire la suite]

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