Poème 'Chanson pastorale' de Paul SCARRON

Chanson pastorale

Paul SCARRON

La jeune Lisette,
Sur le bord d’un ruisseau,
Jouoit de sa musette
En gardant son troupeau.
Le Berger Tyrcis, qui l’ayme
Plus que soy-mesme,
Luy faisoit, tout trancy,
Les pleintes que voicy

Jeune Pastourelle,
Ton oeil est plein d’appas,
Mais ton humeur cruelle
Ne luy ressemble pas.
Est-ce que ton coeur ignore
Que je t’adore,
Ou qu’il le sçache bien
Et n’en decouvre rien ?

Tes aymables charmes
Et mes bruslans desirs
Me coustent bien des larmes,
Des chagrins, des soûpirs ;
Tu t’en ris, belle inhumaine,
Sans estre en peine
Si je pourray souffrir
Ta rigueur sans mourir.

Lors que, dans la lande
Où nous estions tous deux,
Je mis une guirlande
Dessus tes blonds cheveux,
Je te vis toute en cholere,
Toute severe,
Et de ta blanche main
Tu la rompis soudain.

Et qu’il te souvienne
Que, gravant d’un cousteau
Ta devise et la mienne
Sur le tronc d’un ormeau,
Tu le pris pour une offence
Par une absence
Qui dura plus d’un mois,
Tu me mis aux abois.

Un jour, dans la dance,
Un Berger inconnu
Eut assez d’asseurance
Pour baiser ton sein nu :
Tu ne fis point la farouche
Et quand je touche
Seulement ton habit,
Tu rougis de despit.

Des bleds dans la pleine,
Des vins sur les costeaux,
Mille bestes à laine,
Des chevres, des taureaux,
Ma jeunesse et mon courage,
Mon parentage,
Mon amour et ma foy
Ne peuvent rien sur toy.

Outre la musette
Dont je t’ay fait un don,
Je grave une houlette
Des chiffres de ton nom
Dans peu de jours je l’acheve ;
Et je t’esleve
Les petits d’un faisant
Pour te faire un present.

Dans nostre village,
Un soldat effronté
Voulut faire un outrage
A ta jeune beauté ;
Si quelqu’un de l’assistance
Prit ta deffence
Plus hardiment que moy,
Je m’en rapporte à toy.

Dans nostre prairie,
Un loup battit nos chiens,
Attaquant de furie
Tes troupeaux et les miens ;
Tu vis avec quelle addresse,
Quelle vitesse,
La houlette à la main,
J’attaquay l’inhumain.

Quand, de nos montagnes
Un grand ours descendu,
Rendit de ces campagnes
Tout le peuple esperdu,
Nos Bergers, qui s’estonnerent,
T’abandonnerent ;
Tu vis, sans me vanter,
S’il pût m’espouvanter.

Je t’offris sa patte,
Car j’en fus le vainqueur ;
Ce fut là, belle ingratte,
Où je connus ton coeur
Ce jour là, comme enragée
D’estre obligée,
Daignas-tu seulement
Me parler un moment ?

Si ma mort te donne
Tant soit peu de plaisir,
Trop aymable personne,
Contente ton desir :
Pour peu que ma mort te touche
Et qu’à ta bouche
Il en couste un soûpir,
Trop heureux de mourir.

Il finit sa plainte ;
La Bergere s’en rit :
Il en eut l’ame atteinte
De rage et de despit
Et, sans pleurer davantage
D’un tel outrage,
La voyant rire ainsi
Se mit à rire aussi.

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